ACTE IV, SCENE X. 4o
LATHORILLifeRE.
Oui, on répète déjà plusieurs de vos vers, qui sont devenus proverbes eu naissant.
MOLIERE
Entendez-vous quelques critiques?
LATHORILLIÈRE.
Aucune. Les détracteurs sont muets; on ne balbutie que des sottises que personne n'écoute, et que l'envie elle-même méprise.
MOLIÈRE
On est donc généralement content?
LATHORILLIÈRE.
Au delà de ce que je puis vous exprimer.
MOLIERE, frappant du pied.
Voilà la première fois que cela m'arrive, mon cher ami; j'ai toujours fait les mêmes efforts, en conscience, mais je n'ai pas toujours eu la même victoire... Ah! ma chère Isabelle! un si beau jour ne peut me rendre heureux!
LATHORILLIÈRE, soupirant.
Est-il possible que cet homme célèbre, né pour des travaux illustres, fait pour occuper toutes les bouches de la renommée, s'abandonne, comme un homme vulgaire, aux soins minutieux qu'entraîne une passion amoureuse!
MOLIÈRE, virement.
Mon ami, la gloire est pour l'imagination, et non pour le cœur; je veux un sentiment qui remplisse le mien; j'en ai besoin. Hé! pourquoi serai-je ennemi
4o4 LA MAISON DE MOLIÈRE.
de l'amour, et rebelle à la plus douce loi de la nature? Je crois devoir aux hommages que j'ai rendus à la beauté, les traits les plus délicats et les plus profonds qui se trouvent dans mes ouvrages.
LATHORtLLIÈRE.
Je vous admire et je vous plains.
MOLIÈRE
Mon cher Lathorillière, faites-moi le plaisir d'aller tenir compagnie à Chapelle : peut-être est-il seul; j'irai vous rejoindre tout à l'heure : j'ai besoin d'un peu de solitude.
LATHORILLIÈRE.
Volontiers, mon ami; mais ne tardez pas, ou je viens vous chercher.
(Il sort.)