‹ Œuvres choisies de MercierChapitre 268 sur 272 · ACTE IV, SCENE XIV · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE XIV

conserver le titre d'homme d'honneur; j'en suis très jaloux; je le préfère à tous les titres de bel esprit, de grand écrivain, d'homme de génie, si l'on veut. La probité, voilà le caractère essentiel de l'homme; le reste vient après comme il peut...

LA BEJA.RT

Mais vous agissez avec duplicité. Votre esprit ne pourra jamais justifier votre cœur. Tai contribué à votre gloire autant qu'à votre fortune; vous le savez, Molière, vous en convenez vous-même: et, pour récompense, vous m'enlevez le cœur de ma fille; vous vous cachez de moi. Ah! pourquoi ce déguisement dans votre amour? pourquoi s'envelopper des ombres du mystère?

MOLIÈRE

J'ai craint vos emportemens; j'ai toujours respecté votre autorité. J'espérais tout du temps; j'aime Isabelle. Je ne veux la devoir qu'à vous-même; je vous la demande en mariage; et je ne puis être heureux qu'à ce prix. Joignez- vous à moi , mes amis.

LATHORILLIÈRE.

Ah! madame, vous devez vous féliciter de marier votre fille à un homme tel que Molière. Quelle raison auriez-vous de la refiiser à celui qui est l'honneur du théâtre , la gloire de la France , le protégé du Roi ?

LA BÉJART

Eh ! qui connaît mieux que moi tout ce que vaut Molière! Mais seront-ils heureux?...

4io LA MAISON DE MOLIERE.

MOLIÈRE

Eh! madame, pourquoi cette crainte?

ISABELLE

Ma mère , pardonnez à votre fille : elle suit le mouvement de son cœur, en vous demandant grâce. Pardonnez-lui ce qu'un excès d'amour lui a fait entreprendre. Je serai toujours malheureuse, si ma mère ne m'aime point.

LA BJSJART, attendrie.

Vous le voulez, Molière! Viens, ma fille: je t'embrasse et te pardonne.

ISABELLE

Ah ! ma mère !

CHAPELLE

Voilà une excellente femme , quoi qu'on en dise.

LATHORILLIÈRE, à Molière, en Tembrassant.

Ah ! mon cher ami , soyez aussi heureux que vous méritez de l'être!

CHAPELLE, à Isabelle.

S'il VOUS promet de la constance, il vous tiendra parole '. Mais je dirai toujours que le mariage est, sur-

I. S'il y a de rinconstance à craiudre, ce ne doit pas être de la pari de Molière , homme grave et dont Timagination est toute entière absorbée dans la composition de ses chefs-d'œuvre. La bonne foi avec laquelle son ami Chapelle garantit sa constance, est risible sans être comique. Il ne parlerait pas autrement d'un petit maître, ou d'un homme à la mode. Si Chapelle le dit ironiquement , c'est à l'acteur à le faire sentir.

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