‹ Œuvres choisies de MercierChapitre 32 sur 272 · REMI, JOSEPH · texte numérisé non relu

REMI, JOSEPH

( Le vieux Reini est conduit par Joseph ; il Tamène comme en triomphe , et

<>daus le délire de la plus grande joie. )

JOSEPH

v><'est ici, la maison de notre bienfaiteur. Voici son appartement; courons embrasser ses genoux... Après vous, c'est lui que mon cœur chérit et honore. Par quel bienfait il a consolé les chagrins de ma vie!... Mon père ! il n'est plus, il ne sera plus de douleur ni pour vous, ni pour moi.

REMI, s'asseyant.

Ah ! mon fîls, je me sens déjà las. Depuis dix mois que mes jambes ne prennent qu'un faible exercice, je m'étonne moi-même de me voir marcher... Comme le plaisir succède à la peine! Que dis-je? Ai-je souffert .^* Non, le ciel m'a donné un bon fils; et tandis que

les riches ont des enfans barbares et dénaturés % les miens ont essuyé mes larmes; leurs tendres soins m'ont fait bénir la pauvreté et l'esclavage.

J G s £ P H 9 embrassant son père.

Comme j'étouffais en vous embrassant dans la prison! Je vous déguisais les tourmens de mon âme; mais c'est ici que ma joie est pure, entière, inaltérable... Ah Dieu! je n'ose encore reporter la vue sur vos souffrances.

REMI

Mes souffrances! Je suis homme, mon fils, j'en ai dû essuyer les peines. J'ai vu d'autres malheureux souffrans à mes côtés... Il était une douceur secrète que l'infortune n'a pu me ravir; c'était de sentir mon âme en paix, de me juger, de nfe connaître innocent. Si les coups de l'injustice m'ont fait verser quelques larmes, le désespoir n'est jamais entré dans mon cœur. Dieu, voyant ma soumission, m'a prêté le courage.

JOSEPH

C'est votre cœur généreux qui vous a conduit dans les prisons. C'est la répugnance invincible que vous avez eue à faire enlever les meubles de vos frères les cultivateurs de la terre ; et n'ayant pu justifier ces poursuites iniques qui révoltent l'humanité, vous

I. Les sorties contre les riches sont frécfii entes dans cette pièce : cela diminue un peu l'intérêt qu*on peut prendre aux personnages qui les font, et, comme ce sont ordinairement les riches qui fréquentent le plus les spectacles, de semblables traits doivent nuire à la pièce dans leur esprit. Ou pourrait les supprimer à la représentation.

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