LE NOTAIRE, DE LYS
LE NOTAIRE
De pareils propos doivent être punis, et ce n'aurait pas été assez de les mépriser.
DE LYS
Mais c'est comme procureur qu'il parlait.
LE NOTAIRE
Non, non; ne vous y trompez pas, ce sont de pareilles gens qui déshonorent l'état : il ne comporte pas moins qu'un autre l'obligation d'être homme de bien , de chercher la justice et la paix. J'en connais plusieurs de cette intégrité; et tout rares qu'ils sont, ils peuvent servir d'exemple. Je vous les aurais* souhaités pour conseil. Au reste, je vous le répète, ce
n'est que vous-même que vous devez consulter; interrogez votre cœur, et répondez.
DE LYS
Mais une moitié dans l'héritage, une moitié! je ne puis, c'est trop... c'est trop.
LE NO TA IRE, avec un courroux noble.
Hé bien, monsieur, suivez votre indigne conseil; allez vous rendre méprisable comme lui : c'est à moi que vous aurez affaire. J'épouse le procès , et croyez qu'il ne traînera pas en longueur comme vous l'espérez. J'irai moi-même, je préviendrai les juges de vos intentions iniques; ils ne laisseront pas languir l'honnêteté dans l'indigence : elle ne soupirera pas long-temps après la justice qui lui est due. ( pe Lys
demeure interdit, et ne sachant ni sortir ni rester.) JùSt - il pOSSiblc
que l'or soit ainsi votre tyran, étouffe en vous tout sentiment de vertu , et même d'équité ! Si ce père reparaissait, accusant votre avare insensibilité, vous reprochant de trahir ses volontés dernières , méconnaî-* triez-vous sa voix?... Hé bien, tremblez; elle va vous confondre : elle va sortir, du fond de son tombeau pour vous accuser et vous faire rougir. Oui, c'est son sang qui va paraître et déposer contre voiis.
(n court au cabinet, et ouvie la porte.) ApprOchcZ, vénérable
vieillard, et vous, fille vertueuse, approchez.
( Ils sortent tous trois en larmes , et voulant embrasser les genoux du
Notaire. )