‹ Œuvres choisies de MercierChapitre 74 sur 272 · ACTE I, SCÈNE I. ia · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I. ia

sait pas jusqu'où cela allait : je ne reculais pas cette fois à me marier: j'aurais bataillé; mais l'interdiction est venue comme un coup de foudre. Il a fallu quitter la partie.

M. DU SAPHIR

Vous avez du malheur, en vérité.... Voilà dix fois que je vous vois à la veille de contracter, et avec d'assez bons partis; point du tout, quand il n'y a plus qu'à signer, voilà qu'il n'y a plus rien de fait.

M. JULLEFORT.

Que voulez^vous aussi ? je ne suis pas un imbécile, moi, un homme à me marier en dupe. En vérité, si l'on n'y prenait garde, un sot marché serait bientôt conclu. L'un, c'est sa fille qu'il veut marier adroitement; elle est bien mise, bien brillante, on me la prône, on me la fait toute d'or, je me montre amoureux , rempli d'une excessive tendresse ; et quand nous en venons au fait, il n'y a plus d'argent. Paraissent > de vieux contrats réduits à moitié, que l'on veut me passer plus cher que sur la place même; c'est une dot payable en des termes éloignés, c'est à dire, une espérance, et par conséquent un germe de procès contre un beau -père. C'est un trousseau estimé, ah! à un prix au dessus de ce que je le paierais chez le plus dur Juif, à dix ans de crédit ' ; aussi mon amour

I. Ged est encore d*une grande vérité : cependant il fisiut convenir d'une chose ; c'est que les misérables qui se comportent ainsi sont rares. Tout commerçant un peu délicat donne aujourd'hui une grosse dot à sa fille, ne fût-ce que par spéculation; et s'il y a quelque fourbe qui n'en donne point ,^

ia6 LA BROUEriE DU VINAIGRIER.

expire involontairement : l'amour ne se nourrit point de brouillards; il faut en ménage de la réalité.

M. DU SAPHIR

, • Il est vrai que la fortune d'une fille aujourd'hui ressemble assez à son caractère; ce n'est qu'une conjecture; on est amorcé par des promesses dorées, et l'on ne tarde pas à être attrapé. Les femmes n'en sont pas moins dispendieuses; voyez seulement dans notre état; elles se sont mises sur un ton, un ton '... en vérité, il n'y a plus moyen d'y tenir; il faut voler, ou faire banqueroute.

M. JULLEFORT, comme par son venir, et •oariant à demi.

Une fois... il y a quelque temps de cela... une fois j'ai bien manqué d'être pris. Tétais sur le point de signer, dans la certitude d'épouser une fille unique : elle était assez riche. La mère avait quarante-quatre ans sonnés; elle n'avait point eu d'enfans depuis dixsept années. Cela paraissait sans ombrage. Heureusement pour moi que je songe à tout, et que, la regardant un certain soir très fixement, je la soupçonnai

même quand cela est en son pouvoir, c*est qu'il n'a pas plus de respect pour ^opinion publique que d'amour pour sa femille.

I. Cette critique n'est peut-être pas fondée, surtout à cause de l'époque; car alors si les bijoutières de la rue Saint-Honoré affectaient la plus graodé parure , presque toutes celles du quai des Orfèvres étaient mises fort simplement et ressemblaient assez à des dé^'Otes. Aujourd'hui même encore on en voit beaucoup dans ce quartier qui n'ont rien que de très modeste dans leur toilette. Peut-être que la mise trop simple d'une bijoutière ùSre un ooii> traste choquant avec le brillant des richesses que sa boutique étale aux yeux; mais, dans nos anciennes mœurs, l'économie et la probité allaient avant tout

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