SCÈNE III
M. DELOMER, mademoiselle DELOMER,
DOMINIQUE FILS
M. DELOMER, arriyant avec précipitation et d*an air égaré.
Dominique! je vous cherchais; et vous, ma fille... Ah Dieu!.... J'ai de terribles choses à vous apprendre.
DOMINIQUE FILS, avec inquiétude.
Monsieur, qu'y a-t-il?
MADEMOISELLE DELOMER, tremblante.
Comme votre visage est altéré , mon père ! qu'avezvous?
M. DELOMER.
Je suis au désespoir.
DOMINIQUE FILS
Vous! Ah! parlez.
MADEMOISELLE DELOMER.
Mon père!
M. DELOMER, tombant dans un fauteuil.
Un moment; laissez-moi respirer... Ma fille, ton
i58 LA BROUETTE DU VINAIGRIER.
père, hélas! n'a travaillé toute sa vie, que pour se voir en un seul jour tout à coup ruiné.
MADEMOISELLE DELOMER.
Ruiné , vous !
DOMINIQUE FILS
Comment se peut-il?
M. DELOMER, à Dominique.
Vous méritiez^ ma confiance , jeune homme ; j'avoue même que j'aurais bien fait d'écouter de certains avis que vous m'avez donnés; je m'en repens aujourd'hui; mais il n'est plus temps... Mon cher Dominique, vous avez toujours tremblé de voir la quantité de fonds que j'avançais aux deux associés de Hambourg...
DOMINIQUE FILS
Ils auraient manqué!
M. DELOMER.
Je viens d'en être frappé comme d'un coup de foudre.
Ah ! mon père , mon père , ne vous livrez point à l'abattement; voici le jour du courage... Mais quoi ! tout serait-il perdu?
M. DELOIIÏER.
On m'écrit que leur faillite est sans ressource ' ,
I. Cette catastrophe n'est peut-être pas suffisamment préparée. Rien n'avait fait soupçonner que M. Delomer eût. ainsi mis sa fortune entre les mains d*un correspondant. Il est assez rare en outre qu'un négociant avance des fonds à d'autres négocians qui demeurent à trois cents lieues de lui. Ce qui est