‹ Œuvres choisies de N. ChamfortChapitre 16 sur 40 · SCENE X · texte numérisé non relu

SCENE X

Kaled.

Fort mal, le temps est dur. [A part.) Il faut toujours se plaindre.

Hassan.

Voilà donc ces pauvres malheureux ! Je ne puis les délivrer tous : j'en suis bien fâché. Tâchons au moins de bien placer notre bonne action. C'est un devoir que cela, c'est un devoir. (A l'Espagnol.) De quel pays es-tu, toi? Parle. Tu as l'air bien haut... Parle donc...

L'Espagnol.

Je suis gentilhomme espagnol.

Hassan.

Espagnols ! braves gens ! un peu fiers, à ce qu'on m'a dit en France... Ton état.?

L'Espagnol.

Je vous l'ai déjà dit : gentilhomme.

Hassan.

Gentilhomme ! je ne sais pas ce que c'est. Que fais-tu ?

Hassan.

Rien.

Tant pis pour toi, mon ami; tu vas bien t'ennuyer. [A Kaled.) Vous n'avez pas fait une trop bonne empiète.

Kaled.

Ne voilà-t-il pas que je suis encore attrapé ?

Gentilhomme, c'est sans doute comme qui diroit baron allemand. C'est ta faute aussi : pourquoi vas-tu dire que tu es gentilhomme? Je ne pourrai jamais me défaire de toi.

Hassan, à l'Italien.

Et toi, qui es-tu avec ta jaquette noire? Ton

pays?

L'Italien.

Je suis de Padoue,

Hassan.

Padoue? Je ne connois pas ce pays-là... Ton

métier ?

L'Italien.

Homme de loi.

Hassan.

Fort bien. Mais quelle est ta fonction particulière ?

L'Italien.

De me mêler des affaires d'autrui pour de l'argent, de faire souvent réussir les plus désespérées, ou du moins de les faire durer dix ans, quinze ans,

vingt ans.

Hassan.

Bon métier ! et dis-moi, rends-tu ce beau service à ceux qui ont tort, à ceux qui ont raison, indifféremment ?

L'Italien.

Sans doute; la justice est pour tout le monde.

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