SCÈNE III l
Fatmé.
Il vient d'arriver des esclaves chrétiens. Cet Arménien dont vous êtes fâché d'être le voisin, et que vous méprisez tant parce qu'il vend des hommes, en a acheté une douzaine, et en a déjà vendu plusieurs.
Hassan.
Voici donc le jour où je vais remplir mon vœu! J'aurai le plaisir d'être libérateur à mon tour. Zayde.
Mon cher Hassan , sera-ce une femme que vous délivrerez?
Hassan, souriant.
Pourquoi? Cela vous inquiète ; vous craignez que l'exemple...
Zayde.
Non, je suis sans alarmes. J'espère que vous ne me donnerez jamais un si cruel chagrin. Vous ne m'entendez pas. Sera-ce un homme?
Hassan.
Sans doute.
Zayde.
Pourquoi pas une femme?
C'est un homme qui m'a délivré.
Zayde.
C'est une femme que vous aimez.
184 le marchand de smyrne
Hassan.
Oui... Mais, Zajde, un peu de conscience. Un pauvre homme en esclavage est bien malheureux; au lieu qu'une femme, à Smyrne, à Constantinople, à Tunis, en Alger, n'est jamais à plaindre. La beauté est toujours dans sa patrie. Allons, ce sera un homme si vous voulez bien.
Zayde.
Soit, puisqu'il le faut.
Hassan.
Adieu. Je me hâte d'aller chercher ma bourse; il ne faut pas qu'un bon musulman paroisse devant un Arménien sans argent comptant, et surtout devant un avare comme celui-là.