PRÉFACE
Le bon accueil fait à mon édition des Œuvres choisies de Clément Marot m'engage à publier aujourd'hui un choix des Poésies de P. de Ronsard, je souhaite qu'il soit aussi bien accueilli. Autant que possible, je ne l'ai composé que de pièces pouvant être lues par tout le monde : l'oreille la plus délicate est respectée; le volume sera suffisant, je pense, pour bien faire connaître ce poète.
Ronsard avait été l'objet de la plus grande admiration parmi ses contemporains; on était allé jusqu'à l'enthousiasme, jusqu'au culte; un mot de Malherbe suffit pour anéantir tant de renommée, et le xvn* siècle, ainsi que le xvni% n'eut guère pour lui que dédain ou indifférence. Mais le temps, qui arrange tout, finit par distinguer ce qui sonne
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juste OU faux. L'honneur du xix' siècle, siècle de critique sérieuse et sévère, a été de faire la part de l'engouement et du mépris : écartant de ci de là les louanges exagérées et les blâmes intéressés ouirré- Uéchis, il a mis Ronsard à sa place et Fa consacré, malgré bien des défauts, maître de V école poétique de la deuxième moitié du wf siècle.
C'est Sainte-Beuve qui, le premier, a su, avec sa vive intuition, bien comprendre ce poète et bien définir son rôle, dans le Tableau si vivant et si vrai qu'il a tracé de la poésie au xvi^ siècle..
Quelques années plus tard, M. E. Gandar a, dans une thèse des plus remarquables, si bien précisé l'entreprise tentée par Ronsard, ses efforts pour arriver au but, les points où il réussit et ceux où il échoua qu'il ne reste plus guère qu'à glaner après lui, pour le côté littéraire.
Dans son histoire de VHellé7iisttie en France., M. Egger n'a pas oublié notre poète et a déterminé avec justesse ce qu'il doit aux Grecs dans les divers genres de poésie.
Enfin, M. P. Blanchemain a donné, dans la bibliothèque elzémrienne, la meilleure édition complète qui ait encore paru des ouvrages de Ronsard.
Grâce à ces savants on peut dire que l'œuvre de ce poète est maintenant fixée.
Leurs travaux m'ont été d'une grande utilité et d'un grand secours ; je me suis aussi souvent servi avec profit de l'édition des Œuvres choisies publiée
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par Sainte-Beuve à la librairie Garnier et revue par M. Moland.
Mais c'est surtout la langue que j'ai étudiée dans Ronsard : on pourrait discourir sur Je poète et sur sa muse; assez de littérateurs l'ont déjà fait; assez seront heureux de pouvoir encore le faire. Il serait même curieux de constater les opinions parfois ^panthéistes ou pythagoriciennes qu'il a émise? dans ses vers. Je me borne au rôle de grammairien et je penserai l'avoir rempli, si ce livre, tel que je le présente, peut contribuer à faire mieux comprendre un auteur si intéressant à tant de points de vue.
Je remercie MM. Garnier de vouloir bien le publier, et j'espère qu'ils voudront bien encore publier le volume qui en sera la suite naturelle : les Disciples de Ronsard.
Scy (près de Melz), 8 avril 1890.