‹ Œuvres choisies de P. de RonsardChapitre 285 sur 462 · Faite. — Èdit. P. Blanchemain, t. III, p. 38.d · texte numérisé non relu

Faite. — Èdit. P. Blanchemain, t. III, p. 38.d

3. LHuillier. — « C'étoit probablement H. Lhuillier, seigneur de Maisonfleur, gentilhomme servant Leurs Majestés, auteur do cantiques estimés de son temps. Cette pièce, en 1373, 1378 el 1S84, étoit dédiée au seigneur de Troussily; dans les éditions posthumes, elle l'est à Jean Galland, atrebate (c'est-à-dire : d'.^rras).

Et jamais le mestier en qui l'homme est expert, Abandonnant l'ouvrier, par l'âge ne se pert.

Bien que le philosophe ait la teste chenue, Son esprit toutefois se pousse outre la nue. Et tant plus sa prison est caduque, et tant mieux Soy-mesme se dérobe et vole dans les cieux. L'orateur qui le peuple attire par l'aureille. Celuy qui disputant la vérité reveille, Et le vieil médecin plus il marche en avant, Plus il a de pratique et plus il est sçavant.

Mais ce bien n'advient pas à nostre poésie. Qui ne se voit jamais d'une fureur saisie Qu'au temps de la jeunesse, et n'a point de vigueur Si le sang jeune et chaud n'escume en nostre cœur, Lequel en bouillonnant agite la pensée Par diverses fureurs brusquement eslancée, Et pousse nostre esprit ore bas, ore* haut, Selon que nostre sang est généreux et chaut. Et selon son ardeur, nous trouvans d'aventure Au mestier d'Apollon préparez de nature.

Gomme on voit en septembre ès^ tonneaux angevins Bouillir en escumant la jeunesse des vins, Qui, chaude en son berceau ^, à toute force gronde. Et voudroit tout d'un coup sortir hors de sa bonde, Ardante, impatiente, et n'a point de repos De s'enfler, d'escumer, de jaillir à gros flots. Tant que* le froid hyver luy ait donné sa force,

principal du collège de Boncourt. » (M. et P. B.) Galland étai grand ami de Ronsard. (Voir Biographie.)

\. Ore. - Signifie : tantôt... tantôt; locutioa fréquente dans Ronsard.

■2. Es. — C'est-à-dire : dans les. . .

3, Berceau. — « Les anciens appeloient le poinçon où on nieiîLiit le nouveau vin le berceau de Bacchus. » {Note de Ronsard, 1^60. ~»

t. Tant que. — Signifie : jusqu'à ce que. . . Sens di>paru.

278 (»i:UVRES CHOISIKS DK RONSAIU).

Rembarrant sa puissance es prisons d'une escorce:

Ainsi la poésie en sa jeune saison Bouillonne dans nos cœurs, peu subjeete à raison, Serve ' de l'appelit, et brusquement anime D'un poète gaillard la fureur magnanime. Il devient amoureux; il suit les grands seigneurs; Il aime les faveurs; il cherche les honneurs, VA, plein de passions, jamais il ne repose Que de nuict et de jour ardant il ne compose. Soupçonneux, furieux, superbe et desdaigneux. Et de luy seulement curieux et songneux-, Se feignant ^ quelque dieu, tant la rage félonne* De son jeune désir son courage aiguillonne. Mais, quand trente-cinq ans ou quarante ont perdu Le sang chaud qui estoit dans nos cœurs espandu, Et que les cheveux blancs de peu à peu s'avancent. Et que nos genous froids à tremblotter commencent, Et que le front se ride en diverses façons, Lors la Muse s'enfuit et^ nos belles chansons, Pégase se tarist, et n'y a plus de trace Qui nous puisse conduire au sommet de Parnasse. Nos lauriers sont sechés, et le train de nos vers Se représente à nous boiteux et de travers ; Tousjours quelque malheur en marchant les retarde. Et comme par despit la Muse les regarde : Car l'ame leur défaut", la force et la grandeur Que produisoit le sang en sa première ardeur.

i. Serve (latin : serva). — Signifie : esclave.

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