‹ Œuvres choisies de P. de RonsardChapitre 296 sur 462 · ANGELOT · texte numérisé non relu

ANGELOT

Je gage mon grand bouc, qui par mont et par plaine Conduit seul un troupeau comme un grand capitaine; Il est fort et hardy, corpulent et puissant, Brusque, prompt, éveillé, sautant et bondissant, Qui gratte, en se jouant, de l'ergot de derrière (Regardant les passans) sa barbe mentonnière *. Il a le front severe et le pas mesuré, La contenance fîere et l'œil bien asseuré; Il ne doute ' les loups, tant soient-ils redoutables, Ny les mastins armez de colliers effroyables, Mais, planté sur le haut d'un rocher espineux. Les regarde passer et si se mocque d'eux...

Dès la poincte du jour, ce grand bouc qui sommeille N'attend que le pasteur tout le troupeau réveille, Mais il fait un grand bruit dedans l'estable, et puis. En poussant le crouillet *, de sa corne ouvre l'huis. Et guide les chevreaux, qu'à grands pas il devance Comme de la longueur d'une moyenne lance, Puis les rameine au soir à pas contez et Ions, Faisant sous ses ergots poudroyer les sablons...

1. Angelot. — C'est Monsieur le duc d Anjou, frère du roi Charles IX.

2. Mentonnière . — Adjectif employé comme terme d'anatomie et signifiant : qui tient au menton, se trouve sous le menton.

3. Doute. — Signifie : avoir peur, redouter. Sens primitif, perdu, déjà rare au wi^ siècle :

« Les bourgeois de la ville, qui doutèrent le leur perdre, leurs femmes et leurs enfants... » (Froissart, I, i, 224.) — « Adonc le roy argenté change de place, doublant la furye de la royne aurêe. » (Rabelais, Gargant, II, 25.)

4. Crouillet. — Signifie : verrou. Ce mot qui, dans la vieille langue, était coroillet crouillet, croullet, n'est plus qu'un terme dialectal (Mayenne, Orne, Beauce...) — « Baiser le crouillet de la porte, . . » (Tahureau, Democritic, I, p. 57.) — (VoirGodefroy.)

NAVARRIN ' .

J'ay dans ma gibbeciere un vaisseau ^ fait au tour, De racine de buis, dont les anses d'autour' Par artifice grand de mesme bois sont faites. Où maintes choses sont diversement portraites *.

Presque tout au milieu du gobelet est peint Un satyre cornu, qui de ses bras estreint Tout au travers du corps une jeune bergère, Et la veut faire choir dessous une fougère.

Trois petits enfans nuds de jambes et de bras, Taillez au naturel, tous potelez et gras, Sont gravez à l'entour; l'un par vive entreprise, Veut faire abandonner au satyre sa prise, Et d'une infante ^ main par deux et par trois fois Prend celle du bouquin " et lui ouvre les doits.

L'autre, plus courroucé, d'une dent bien aiguë Mort ce dieu ravisseur par la cuisse velue. Se tient contre sa grève ' et le pince si fort Que le sang espandu sous les ongles en sort,

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