‹ Œuvres choisies de P. de RonsardChapitre 311 sur 462 · ENCORES AU LECTEUR · texte numérisé non relu

ENCORES AU LECTEUR

Soit courte ' l'Elégie, en trente vers comprise, Ou en quarante au plus: le fin lecteur mesprise Ces discours, ces narrez aussi grands que la mer. Il faut de maint rempart ta langue r'enfermer, Qui veut tousjours causer, tousjours parler et dire. Et resserrer ta main qui bouillonne d'escrire.

Il faut du - premier vers conter sa passion, Et la suivre tousjours ; si quelque fiction Rare ne survenoit pour orner ton ouvrage, En deux lignes achevé et non en davantage : Ton sujet soit pressé, sans trancher l'autre vers, Autant que tu pourras sans courir de travers. Sois tousjours simple et un, et que ta fin pregnante- Tire sur l'Epigramme, un peu douce et poignante*.

1. Soit courte. — Ronsard n'a cependant pas observé ces préceptes qu'il nous donne. II nous explique lui-même pourquoi: « Si j'eusse composé la meilleure partie de ces Elégies à ma volonté, et non par exprès commandement des Roys et des Princes, j'eusse esté curieux de la briefveté; mais il a fallu satisfaire au désir de ceux qui avoient puissance sur moy, lesquels ne trouvent jamais rien de bon, ny de bien fait, s'il n'est de large eslendue, et comme on dit en proverbe, aussi grand que la Mer. » (Édit. P. Blanchemain, t. IV, p. 210.)

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