‹ Œuvres choisies de P. de RonsardChapitre 388 sur 462 · DES MISERES DU TEMPS · texte numérisé non relu

DES MISERES DU TEMPS

« Dans les sanglantes querelles du xvi'' siècle, Ronsard prit le parti de la cour et de la religion catholique. Nourri des bienfaits de Henri II, de Catherine de Médicis et de ses (ils, il avait encore pour motif de ce choix l'amour du loisir et de la paix, qui inspira également Horace et Malherbe. La haine que portaient les huguenots aux lettres profanes et aux frivolités galantes devait aussi l'indisposer contre eux. \\ lança donc, sous le titre de Discours des misères de ce temps, de Remontrance au peuple deFrancc, etc., etc., quelques satires politiques qui sont comme la contre-partie des Tragiques de d'Aubigné. Il faut dire, à l'honneur de Ronsard, que toutes ces pièces respirent, au milieu de préventions injustes, une profonde horreur des troubles, une tendre et filiale piété pour la France. D'ailleurs le ton en est vif, le style chaud, et la verve rapide bien qu'inégale »

(S.MNTK-RF.rvr:.)

••^70 ((Kl VUKS CHOISIES DR RONSARD.

discours' des MISERES DE CE TEMPS '^ A CATHERINE DE MEDICIS

Royne, mère du roy.

Vous, ro^'iie, dont l'esprit prend plaisir quelquefois De lire et d'escouter l'histoire des François, Vous sçavez (en voyant tant de faits mémorables) Que les siècles passez ne furent pas semblables.

Un tel roy fut cruel, l'autre ne le fut pas; L'ambition d'un tel causa mille débats; Un tel fut ignorant, l'autre prudent et sage; L'autre n'eut point de cœur, l'autre trop de courage. Tels que furent les roys, tels furent leurs sujets; Car les roys sont tousjours des peuples les objets.

Il faut donc dès jeunesse instruire bien un prince^, A fin qu'avec prudence il tienne sa province*. Il faut premièrement qu'il ait devant les yeux

1. Piscotirs. — Ces ijiscijur.s sont uu nombre de onze; ils ont paru séparémont pour la i)lupart. Us sont cousidiTés par Claude (iariiier comme « devant tenir li; premier rang de tout ce que Ronsard a jamais fait voir au jour. » Voir Biof/niph/p ^p. xxiv.

2. Temps. — « Ce discours a paru pour la première lois à Paris, chez G. Riion, liJGJ, in-4o de G feuillets. » (P. Bl.). — Celte aiuiéelà finissait ce qu'on peut appeler la première piTiode des guerre? civiles ; alors était signée la paix d'Amboise.

Celte paix, signée W 12 mars l.'i63 entre Catherine de Médicis et le prince de Condé; autorisait le culte des prolestants dans les maisons des nohles, dans l'étendue des domaines des seigneurs justiciers el dans une ville par bailliage.

3 . Prince. — Ce prince dont il parle est Charles IX qui, pendant sa nnnorité, fut élevé sous la régence de Catherine de Médicis, sa mère.

4. Province. — Ce substantif doit être pris ici au sens de pays ■iDuniis à sa domination, contrée qu'un prince a à gouverner. Sens rare.

DISCOIRS. .371

La crainte d'mi seul Dieu, qu'il soit devotieux ' Envers la sainte Eglise, et que point il ne change La foy de ses aveux pour en prendre une estrange- Ainsi que nous voyons instruire nostre roy, Oui par vostre vertu n'a point changé de loy.

Las! Madame, en ce temps que le cruel orage (Menace les François d'un si piteux naufrage', Que la gresle et la pluye et la fureur des cieux Ont irrité la mer de vents séditieux, Et que l'astre jumeau * ne daigne plus reluire, Prenez le gouvernail de ce pauvre navire, Et, maugré la tempeste et le cruel effort De la mer et des vents, condiiisez-le à bon port.

La France à joinctes mains vous en prie et reprie. Las! qui sera bien tost et proye et moquerie Des princes estrangers^, s'il ne vous plaist en bref^ Par vostre authorité appaiser son meschef '.

Ha! que diront là-bas, sous les tombes poudreuses, De tant de vaillants roys les âmes généreuses? Que dira Pharamond, Clodion et Clovis?

1. Devolieuj-. — Adjectif : qui esl iilein (te dévotion, de respect pour.

2. Es frange. — Signifie : élrançière; spiis premier, disparu. Ronsard veut parler ici de la Réforme.

15. Naufrage. — La paix avait été siçinée à Amboise, mais les haines politiques et religieuses étaient trop fortes pour s"apaiser; au lieu de la guerre civile on eut des assassinats. De tous côtés, les tsprits s'agitaient, la colère croissait et l'on sentait que la lutte allait bientôt recommencer. Cependant un roi enfant occupait le trône de F'rance ; une femme seule, Catherine de Médicis, était à la tète du pouvoir. Elle seule dirigeait les affaires du pays, de là cet appel du poète à, la régente.

'i. Jumeau. — A savoir : Castor et Poilu v.

•i. Estranr/ers. — Les Allemands s'avançaient du côté de l'est, tandis que les Anglais, au nord, reprenaient le Havre, à défaut de la ville de Calais qu'ils avaient préférée.

Page 1