‹ Œuvres choisies de P. de RonsardChapitre 404 sur 462 · INSTITUTION · texte numérisé non relu

INSTITUTION

rOUR l'adolescence du ROY TRES-CflRESTIEN

CUARLES I.V

Sire, ce n est pas tout que d estreroy de France. Il faut que la vertu honore votre enfance ; Car un roy sans vertu porte le sceptre en vain, Et luy sert d'un fardeau qui luy charge la main... Un roy pour estre grand ne doit rien ignorer : 11 ne doit seulement sçavoir Tart de la guerre, De garder les citez ou les ruer* par terre. De picquer les chevaux, ou contre son harnois^ Recevoir mille coups de lances aux tournois; De sçavoir comme il faut dresser une embuscade, Ou donner une cargue* ou une camisade^, Se renger en bataille et sous les estendars Mettre par artifice en ordre les soldars.

Les rois les plus brutaux telles choses n'ignorent, Et par le sang versé leurs couronnes honorent ; Tout ainsi que lyons qui s'estiment alors De tous les animaux estre veuz les plus forts. Quand leur gueule dévore un cerf au grand corsage". Et ont remply les champs de meurtre et de carnage.

Mais les princes chrestiens n'estiment leur vertu Procéder ny de sang, ny de glaive pointu, Ny de harnois ferrez qui les peuples estonnent, Mais par les beaux mestiers que les Muses nous donnent.

1. Institution. — ■■ Imprimée pour la première fois à Paris, chez G. Buon, 1364, in-i" de 6 feuillets. » (P. Bl.)

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