‹ Œuvres choisies de P. de RonsardChapitre 415 sur 462 · Dedans. — Aujourd'hui : sur · texte numérisé non relu

Dedans. — Aujourd'hui : sur

Cela que contre toy brassent' tes créatures, Et toutesfois, Seigneur, tu le vois et l'endures!

Ne vois-tu pas du ciel ces petits animaux. Lesquels ne sont vestus que de petites peaux, Ce? petits animaux qu'on appelle les hommes, Qu'ainsi que bulles d'eaux tu crevés et consomme^-, Que les doctes Romains et les doctes Grégeois'-' Nomment songe, fumée et fueillage des bojs, Qui n'ont jamais icy la vérité cognue Que je ne sçay comment ou par songe ou par nue? Et toutesfois. Seigneur, ils font les empeschez, Comme si tes secrets ne leur estoient cachez, Braves entrepreneurs et discoureurs des choses Qui aux entendemens de tous hommes sont closes, Qui par longue dispute et curieux propos Ne te laissent jouir du bien de ton repos, Qui de tes sacremens effacent la mémoire. Qui disputent en vain de ceja qu'il faut croire. Qui font trouver ton fils imposteur et menteur; Ne les puniras-tu, souverain créateur...

Gomment pourrions-nous bien avec nos petits yeux Cognoistre clairement les mystères des cieux, Quand nous ne sçavons pas régir nos republiques, Ny mesmes gouverner nos choses domestiques? Quand nous ne cognoissons la moindre herbe des pre/.? Quand nous ne voyons pas ce qui est à nos piez? Toutefois les docteurs de ces sectes nouvelles, Gomme si l'Esprit Sainct avoit usé ses ailes A s'appuyer sur eux, comme s'ils en avoient eu Du ciel dru et menu mille langues de feu,

1. Brassent. — Siffoifie : travailler, s'agiter, et ici : tramer, comploter, expression populaire.

2. Consommes. — C'est-à-dire : tu détruis, tu perds. Sens fréquent dans Ronsard. Cf. Montaigne, Pascal.

.T. Grégeois. — C'«'st-à-dire : les Grecs.

DlSUOUllS. -ido

Et comme s'ils avolent (ainsi que dit la fable

De Minos') banqueté des hauts dieux à la table,

Sans que hoftte et tergongne en leur cœur trouve lieu,

Parlent profondement des mystères de Dieu;

Ils sont ses conseillers, ils sont ses secrétaires-,

lis sçavent ses advis, ils sçavent ses affaires,

Ils ont la clef du ciel et y entrent tous seuls ^

Ou qui veut y entrer il faut parler à eux.

Les autres ne sont rien sinon que grosses bestes,

Gros chapperons* fourrez, grasses et lourdes testes.

Sainct Ambrois, sainct Hierosme, et les autres docteurs

N'estoient que des rêveurs, des fols et des menteurs,..

II ne faut pas avoir beaucoup d'eJiperience Pour estre exactement docte en vostre science; Les barbiers, les maçons en un jour y sont clercs^ Tant vos mystères saincls sont cachez et couvers.

Il faut tant seulement avecques hardiesse Détester le papat% parler contre la messe, Estre sobre en propos, barbe longue, et le front De rides laboure, l'œil farouche cl profond, Les cheveux mal peignez, le sourcy qui s'avale*^. Le maintien refroUgné, le visage tout pasle* Se monstrer rarement, composer main escrit, Parler de l'ElerncI, du Seigneur et de Christ.... Avoir sainct Paul en bouche et le prendre à la lettre^ Aux femmes, aux enfants l'Evangile permettre,

1. De Minos. — .Minus, fils de Jupiter et d'Europe, dit la fable, et roi de Crète, fut le premier qui rangea cette île sous des lois, tl aima fort l'équité, pendant sa ♦Je; après sa mofl, on l'a fait ./w^e des enfers. Voir Homère, en VOdyssée, livre A :

2. Secrétaires. — C'est-à-dire : confidents; seiïs pferniéf du thot,

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