‹ Œuvres choisies de P. de RonsardChapitre 434 sur 462 · Indois. — Aujourd'hui : Indiens · texte numérisé non relu

Indois. — Aujourd'hui : Indiens

GAYETEZ. 41r

Qu'il estoit né de sa semence.

Pour aider à son fils peureux,

Il fît sortir d'un chesne creux

De freslons une fiere bande,

Et les irritant leur commande

De piquer la bouche et les yeux

Des nuds Indois victorieux,

A peine eut dit, qu'une grand nue

De poignans freslons est venue

Se desborder tout à la fois

Dessus la face des Indois,

Qui plus fort qu'un gresleux orage

De coups martela leur visage.

Là sur tous unfreslon estoit,

Qui brave par l'air se portoit

Sur quatre grands ailes dorées :

En maintes lames colorées

Son dos luisoit par la moitié :

Luy courageux, ayant pitié

De voir au milieu de la guerre

Silène et son asne par terre,

Piqua cet asne dans le flanc

Quatre ou cinq coups jusques au sang.

L'asne, qui soudain se reveille,

Dessous le vieillard fît merveille

De si bien mordre à coup de dens,

Ruant des pieds, que le dedans

Des plus espesses embuscades

Ouvrit en deux de ses ruades,

Tellement que luy seul tourna

En fuite l'Indois, et donna

A Baochus estonné la gloire

Et le butin delà victoire.

Lors Bacchus, en lieu du bienfait

Que les freslons lui avoient fait,

Leur ordonna pour récompense D'avoir à tout jamais puissance Sur les vignes, et de manger " Les raisins prests à vendanger, Et boire du moust dans la tonne En bourdonnant, lors quel'autonne Amasse des coutaux voisins ■ Dedans le pressouer les raisins.

Et que le vin nouveau s'escoule Sous le pied glueux qui le foule.

Or vivez, bien heureux freslons, Tousjours de mov vos aiguillons Et de Belleau soient loin, à l'heure Que la vendange sera meure :

Et rien ne murmurez sinon Par l'air que de Belleau le nom, Nom qui seroit beaucoup plus digne D'cslre dit par la voix d'un cygne'.

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