Indois. — Aujourd'hui : Indiens
GAYETEZ. 41r
Qu'il estoit né de sa semence.
Pour aider à son fils peureux,
Il fît sortir d'un chesne creux
De freslons une fiere bande,
Et les irritant leur commande
De piquer la bouche et les yeux
Des nuds Indois victorieux,
A peine eut dit, qu'une grand nue
De poignans freslons est venue
Se desborder tout à la fois
Dessus la face des Indois,
Qui plus fort qu'un gresleux orage
De coups martela leur visage.
Là sur tous unfreslon estoit,
Qui brave par l'air se portoit
Sur quatre grands ailes dorées :
En maintes lames colorées
Son dos luisoit par la moitié :
Luy courageux, ayant pitié
De voir au milieu de la guerre
Silène et son asne par terre,
Piqua cet asne dans le flanc
Quatre ou cinq coups jusques au sang.
L'asne, qui soudain se reveille,
Dessous le vieillard fît merveille
De si bien mordre à coup de dens,
Ruant des pieds, que le dedans
Des plus espesses embuscades
Ouvrit en deux de ses ruades,
Tellement que luy seul tourna
En fuite l'Indois, et donna
A Baochus estonné la gloire
Et le butin delà victoire.
Lors Bacchus, en lieu du bienfait
Que les freslons lui avoient fait,
Leur ordonna pour récompense D'avoir à tout jamais puissance Sur les vignes, et de manger " Les raisins prests à vendanger, Et boire du moust dans la tonne En bourdonnant, lors quel'autonne Amasse des coutaux voisins ■ Dedans le pressouer les raisins.
Et que le vin nouveau s'escoule Sous le pied glueux qui le foule.
Or vivez, bien heureux freslons, Tousjours de mov vos aiguillons Et de Belleau soient loin, à l'heure Que la vendange sera meure :
Et rien ne murmurez sinon Par l'air que de Belleau le nom, Nom qui seroit beaucoup plus digne D'cslre dit par la voix d'un cygne'.