‹ Œuvres choisies de P. de RonsardChapitre 441 sur 462 · STANCES · texte numérisé non relu

STANCES

J'ay varié ma vie en dévidant la trame Que Clothon me filoit entre malade et sain : Maintenant la santé je logeois en mon sein, Tantost la maladie, extrême fléau de l'ame. La goutte ja vieillard me bourrela les veines, Les muscles et les nerfs, exécrable douleur! Monstrant en cent façons, par cent diverses peines. Que Thomme n'est sinon le sujet de malheur. L'un meurt en son printemps, l'autre attend la vieillesse. Le trespas est tout un, les accidents divers; Le vray thresor de l'homme est la verte jeunesse, Le reste de nos ans ne sont que des hyvers.

Pour longtemps conserver telle richesse entière, Ne force ta nature, ains ensuy la raison ; Fuy l'amour et le vin, des vices la matière; Grand loyer t'en demeure en ta vieille saison.

La jeunesse des dieux aux hommes n'est donnée Pour gouspiller sa fleur; ainsi qu'on void fanir^ La rose par le cliaud, ainsi mal gijuvernée, La jeunesse s'enfuit sans jamais revenir^.

1. Paris, G. Buon, 1.j86, iii-4o df H pages, avec une préface de Claude Binet.

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