‹ Œuvres choisies de SénecéChapitre 8 sur 59 · ODE · texte numérisé non relu

ODE

eigneur, tous tant que nous sommes,

Chaque esprit a ses objets;

Cbaque cœur chez tous les hommes

Forme différents projets :

L'ambition dominante Est des Giands qu'elle régente La fougueuse passion, Pendant que la petitesse Soupire après la Richesse Ou la Réputation.

80 Kl'lTHES.

L'un qui, d'un désir modeste N'eut jamais le cœur atteint, Voudrait voir briller sa veste Du portrait de l'Esprit Saint.

Une secrète amertume Le dévoie et le consume ; C'est sa tribulation De voir cet honneur sublime Orner des gens qu'il estime D'une moindre extraction.

L'autre respire la guerre :

C'est son ébat, c'est son jeu.

Aux quatre coins de la terre

Il brûle de voir le feu.

La longue paix qui nous berce

Est une longue traverse

Pour son esprit martial

Qui, ne méditant que palmes,

Se promet, en temps moins calmes,

Ln bâton de maréchal.

Ce troisième, qui s'adonne A des desseins plus pieux , C'est un suppôt de Sorbonne; Beau parleur, air gracieux , Approuvé de l'ordinaire, 11 se fourre dans la chaire, Habile bomme et prêchant mal, Et flattant sa suffisance, Pour sa moindre récompense, D'un riche anneau pastoral.

Vous qui les doctes pucrlles

É:MTR ES. 8l

N'ont point honte d'ennuyer, Leurs promesses infidèles Ne tendent qu'à vous jouer; Montez sur vos grands cothurnes; De vos fatigues nocturnes, Les fruits seront corrompus ; Car, malgré vos longues veilles, Des Racines, des Corneilles, Les grands moules sont rompus.

Celui-ci paroît plus sage, Qui, se piquant moins d'esprit, Ne donne que sur bon gage Les sornettes qu'il écrit.

Tout coup vaille ; rien n'importe ; Pourvu qu'on paie à la porte, Tout lui semble indifférent; Permis à de plus habiles De fronder les vaudevilles De la Foire Saint-Laurent.

Tel d'une idole adorée Fait tout son amusement Et des jeux de Cythérée Son plaisir et son tourment.

Tel autre dans sa misère Croupit et se désespère Pour entasser force écus, Pendant qu'un buveur se flatte De trouver Perse et Surate Dans la tonne de Bacchus.

J'aurois, seigneur, trop d'affaires Si j'essayois d'imiter

Tous les divers caractères Qu'Horace aime à débiter; Cette stérile abondance Lasseroit la patience Et me rendroit odieux ; Pour acquérir quelque estime, Le sage orateur supprime Tout verbiage ennuyeux.

Oh ! que j'aurois d'éloquence S'il m'étoit permis un jour De détailler à la France Votre zèle et votre amour !

Mais quoi! votre modestie Prendroit ma muse à partie Et la feroit échouer!

Fière vertu, qui s'offense Et nous impose silence Quand nous osons vous louer.

Mais tandis que je me tue A rimer tant bien que mal , Je sens que je perds de vue Mon charmant original.

Notre Horace à son Mécène Soutient que de FHippocrène Le bien seul l'enrichira, Et qu'un homme qui s'applique, A devenir bon lyrique Aux étoiles touchera.

Pour moi, qui du cher Parnasse Me suis toujours défié,

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Comme on fait d'un tas de glace.

Où l'on asseoit mal son pié ; Mon style le plus superbe, Fût-il Racan où Malherbe, Mes plus pathétiques traits N'ont jamais eu la puissance D'augmenter mon opulence D'une charge de cotrets.

Souhaitons par compagnie,

Non pas, illustre Fleury,

D'Euterpe ou de Polymnie

D'être estimé favori :

Ma muse est bien plus discrète ;

Mais tout ce qu'elle souhaite,

Son unique ambition,

C'est, dans cette âpre froidure,

D'obtenir une doublure

Pour ma mince pension.

Que si vous m'êtes propice, Louis, le meilleur des rois, Par faveur ou par justice, Écoutera votre voix; Remontrez-lui, grand ministre, Que l'hiver sera sinistre Pour les vieillards catarrheux.

Pour qui les sévères Parques Ont coté sur leurs remarques, Huit fois dix et cinq fois deux.

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