‹ Œuvres choisies de Shakespeare - Vol. 2Chapitre 18 sur 99 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

PORTIA

* Dans mon choix, je ne suis pas guidée uniquement par le capricieux témoignage de mes yeux de jeune fille ; d’ailleurs la loterie de ma destinée m'ôte la faculté d’un choix volontaires Mais si mon père ne mavait point imposé des entraves, s’il ne m’obligeait pas, par son testament, à devenir la femme de celui que je vous ai dit, je vous l’avoue, prince illustre, entre fous ceux qui sont déjà venus s'offrir à mes

regards, nul plus que vous n’aurait des droits à mon affection.

LE PRINCE

C’est déjà beaucoup, et je vous en rends grâce. Veuillez donc ,je vous prie, me conduire à ces coffres, afin que je tente ma fortune. Par ce cimeterre qui a tué le sophi et un prince persan, qui a gagné trois batailles contre le sultan Soliman, fallüt-il faire baisser les yeux au plus fier, affronter le mortel le plus auda- ‘cieux, enlever les oursins aux mamelles de leur mère, insulter au lion rugissant de faim, jele ferais, madame,

pour vous obtenir. Mais, hélas ! si Hercule et Lychas

jouent aux dés à qui sera le plus grand homme des deux, la fortune peut donner le plus haut point à la main la plus faible, et Alcide se verra vaincu par son page. Et moi aussi, guidé par l’aveugle fortune, je puis manquer ce qu’un moins digne obtiendra, et jen mourrai de douleur.

PORTIA

Il vous faut prendre votre parti, et renoncer tout

à fait à choisir,ou si vous choisissez, jurer auparavant que si le sort vous est contraire, vous ne parlerez dé mariage à aucune femme. Ainsi faites vos réflexions.

+ , LE PRINCE

J'accepte ces conditions ; venez, que je sache mon sort.

PORTIA

Allons d’abord au temple; après diner, vous tenterez la fortune.

LE PRINCE

Puissé-je réussir! Ce moment va me rendre ou le plus fortuné ou le plus malheureux des hommes, Une fanfare. Ils sortent.

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