THERMES DE CARACALLA
22 juin 1828. — Ce matin nous avions plusieurs projets, il s'agissait de visiter beaucoup de monuments. Nos compagnes de voyage avaient engagé à déjeuner Mgr C***, qui nous a menés voir une prise d'habit au couvent de ***, près du Cours ; il y avait grande foule et fort bonne compagnie. On a promené dans L'église une pauvre fille parée comme pour le bal; le cardinal-vicaire Zurla lui a coupé les cheveux. La jeune religieuse était belle comme la Prudence de Giacomo délia Porta, à Saint-Pierre (tombeau de Paul III); elle était fort pâle et avait l'air ferme. Tout ce spectacle nous a touchés jusqu'aux larmes; nous nous sommes enfuis rapidement jusqu'aux Thermes de Caracalla.
Nous étions fort émus; ces ruines sans forme nous oui fait plaisir. Nos dames dînaient de bonne heure dans une maison romaine: pour moi j'avais un volume de Gibbon; monté sur un de ces grands murs des
Thermes de Caracalla, je me suis mis à lire la vie de Vespasien ; j'y étais encore à sept heures. Je sens que je m'attache tous les jours davantage à cette vie de curieux, si simple et si aisée. Le soir je vais dans une certaine maison où se rendent des Romains fort instruits. La conversation, qui roule toujours sur les inscriptions et les usages de l'antiquité, commence à m'intéresser beaucoup, malgré mon ignorance. J'ai déjà oublié les dix-huit manières dont les anciens sculpteurs arrangeaient les cheveux de Minerve. Cela devrait m'être familier comme la table de Pythagore à un calculateur.
Ce soir, enveloppé dans mon manteau, car nous avons la tramontana, vent fort incommode, j'ai parlé d'antiquités jusqu'à neuf heures; ensuite je suis allé écouter un acte de Donna Caritea, opéra de Mcrcadante. J'ai passé ainsi une soirée sans parler à une femme et sans ennui. M. N... veut bien me prêter un Suétone qui ne sera pas pollué comme le mien par le plat français de M. de la Harpe. Je compte demain aller lire une vie ou deux dans le fauteuil de bois qu'un Anglais a fait placer tout au haut des ruines du Colysée. Je remarquais aujourd'hui ce passage dans Caligula : Gcrmanicus oravil causas, etiam triumpltalis.
Même après avoir obtenu le triomphe, Gerinanicus allait plaider des causes devant les tribunaux. Quelle réunion de talents dans un jeune prince, héritier de l'empire! Quelle large porte à l'expression de l'opinion publique et à son influence sur lui!
[société de rome; (tourisme et cosmopolitisme)]
15 novembre 1828. — Ce soir, en rentrant à la maison, nous rions sommes rois à philosopher sur notre position dans la société à Rome.
Nous avons le bonheur d'être reçus dans plusieurs familles romaines sur le pied d'amis intimes. C'est une marque de confiance que, depuis quinze mois que nous sommes i<i. nous n'avons \ n accordera aucun étranger. La finesse romaine s reconnu, je crois, que nous sommes