CHAPITRE IX. n
nisation de son être. Ce fut pour assurer ses jouissanœs qu'il respecta celles d'autrui ; et la cupidité trouva son correctif dcns Y amour éclairé de soi-même.
Ainsi Vamour de soiy mobile éternel de tout individu, est devenu la base nécessaire de toute association ; et c'est de robeervsiion de cette loi naturelle qu'a dépendu le sort Je toutes les nations. Les lois factices et conxeiuionnelles ont-elles tendu vers son but et rempli ses indications, chaque homme, mu d'un instinct puissant, a déployé toutes les facultés de son être ; et de la multitude des félicités particulières s'est composée la félicité publique. Ces lois^ au contraire, ont-elles gêné l'essor de Thomme vers son bonheur, son cœur, privé de ses vrais mobiles, a langui dans Tinaction, etl'ac- CQblement des individus a fait la faiblesse publigue
Or, comme Vamour de soi, impétueux et imprévoyant, porte sans cesse l'homme contre son semblable, et tend par conséquent à dissoudre la société^ l'art des lois et la vertu de leurs agents ont été de tempérer \e conflit des cupidités, de maintenir l'équilibre entre les forces, d'assurer à chacun son bien-êire, afin que, dans le choc de société à société, tous les membres portassent un même intérêt à la conservation et à la défense de la chose publique.
La splendeur et la prospérité des empires ont donc eu à l'intérieur, pour cause efficace, Véquité des gouvernements et des lois ; et leur puissance respective a eu pour mesure, à l'extérieur, le nombre des intéressés, et le degré d'intérêt à la chose publique.
D'autre part, la multiplication des hommes, en comphquant leurs rapports, ayant rendu la démarcation de leurs droits difficile; le jeu perpétuel des passions ayant suscité des incidents non prévus; les conventions ayant été vicieuses, insuffisantes ou nulles;
enfin les auteurs des lois en ayant tantôt méconnu et tantôt dissimulé le but; et leurs ministres^ au lieu de contenir la (Hipidité d'autrui, s'étant livrés à la leur profMre j toutes ces causes ont jeté dans les sociétés le trouble et le désordre ; et le vice des lois et V injustice d<» gouvernements, dérivés de la cupidité et de Vignortince^ sont devenus les mobiles des malheurs des peuples et de la subversion des Etats,