‹ Œuvres Choisies de VChapitre 46 sur 109 · LES NOBLES · texte numérisé non relu

LES NOBLES

Peuples! oubliez- vous que nos ancêtres ont conquis ce pays, et que votre race n'a obtenu la vie qu'à condition de nous servir? Voilà notre contrat social ; voilà le gouvernement constitué par l'usage et prescrit par le temps.

us PEUNiE.

Race pure des conquérants ! montrez-nous vos généalogies ! nous verrons ensuite si ce qui, dans un individu, est vol et rapine^ devient vertu dans une nation.

Et à l'instant, des voix élevées de divers côtés commencèrent d'appeler par leurs noms une foule à'in" àxw'\àu% nobles; et, citant leur origine et leur parenté, elles racontèrent comment Taïeul, le bisaïeul, le père lui-même, nés marchands, artisans, après s'être enrichis par des moyens quelconques^ avaient acheté, à prix d'argent, la noblesse : en sorte qu'un très-petit nombre de familles étaient réellement de souche ancienne. Voyez, disaient ces voix, voyez ces roturiers parvenus qui renient leurs parents ; voyez ces recrues plébéiennes qui se croient des vétérans illustres ! Et ce fut une rumeur de risée.

Pour la détourner t quelques hommes astucieux

CUAPiTRE XY. T8

s'écrièrent : Peuple doux et fidèle, reconnaissez Fautorité légitime : le Roi veut, la loi ordonne.

LE PEUPLE

Classe privilégiée, courtisans de la fortune, laissez les rois s'expliquer : les rois ne peuvent vouloir que le salut de l'imnaense multitude, qui est le peuple ; la loi ne saurait être que le vœu de Y équité.

Alors les privilégiés militaires dirent : La multitude ne sait obéir qu'à la force, il faut la châtier. Soldats, frappez ce peuple rebelle !

LE PEUPLE

Soldats ! vous êtes notre sang ! frapperez-vous vos parents, vos frères ? Si le peuple périt, qui nourrira larmée?

Et les soldats, baissant les armes, dirent : Nous sommes aussi le peuple, montrez-nous l'ennemi! Alors les privilégiés ecclésiastiques dirent : Il n'y a plus qu'une ressource : le peuple est superstitieux, il faut l'effrayer par les noms de Dieu et de religion.

Nos chers frères ! nos chers enfants l Dieu nous a établis pour vous gouverner.

LE PEUPLE

Montrez-nous vos pouvoirs célestes.

LES PRÊTRES

Il faut delà foi : la raison égare.

lE PEUPLE.

Gouvernez-vous sans raisonner?

LES PHÉTRES.

Dieu veut la paix : la, religion prescrit l'obéissance.

LE PEUPLE

La paix suppose la justice; Tobéissance veut la conviction d'un devoir.

LES PRÊTHES.

On n'est ici-bas que pour souffrir.

LE PEUPLE

Montrez-nous l'exemple.

LES PRÊTRES

Vivrez- VOUS sans dieux et sans rois?

LE PEUPLE

Nous voulons vivre sans oppresseurs.

LES PRÊTRES

Il VOUS faut des médiateurs, des intermédiaires.

LE PEUPLE

Médiateurs près de Dieu et des rois ! courtisans et prêtres^ vos services sont trop dispendieux ; nous traiterons désormais directement nos affaires.

Et alors le petit gi'oupe dit : Tout est perdu , la multitude est éclairée.*

Et le peuple répondit : Tout est sauvé, car si nous sommes éclairés, nous n'abuserons pas de notre force : nous ne voulons que nos droits. Nous avons des ressentiments, nous les oublions : nous étions esclaves, nous pourrions commander ; nous ne voulons qu'être libres, et la liberté n'est que la justice.

CH^mtE XTL ri

Page 1