‹ Œuvres Choisies de VChapitre 7 sur 109 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Sie Voyage.

La onzième année du règne d'Abd-ul^Hamid (1784), fils d'Ahmedj empereur des Turks au temps où les Russes victorieux s'emparèrent de la Krimée et plantèrent leurs étendards sur le rivage qui mène à Constantinople, je voyageais dans l'empire des ^Uomaniy et je parcourais les provinces qui jadis furent les royaumes d'Egypte et de Syrie.

Portant toute mon attention sur ce qui concerne le bonheur des hommes dans l'état social, j'entrais dans les villes et j'étudiais les mœurs de leurs habitants ; je pénétrais dans les palais, et j'observais la conduite de ceux qui gouvernent ; je m'écartais dans les campagnes, et j'examinais la condition des hommes qui cul-

tivent ; et partout ne voyant que brigandage et dévastation, que tyrannie et que misère, mon cœur était oppressé de tristesse et d'indignation.

Chaque jour je trouvais sur ma route des champs abandonnés, des villages désertés, des villes en ruines: souvent je rencontrais d'antiques monuments , des débris de temples, de palais et de forteresses ; des colonnes, des aqueducs, des tombeaux : et ce spectacle tourna mon esprit vers la méditation des temps passés, et suscita dans mon cœur des pensées graves et profondes.

Et j'arrivai à la ville de Bemsy sur les bords de FOronte;et]èiy me trouvant rapproché de celle de Palmyre, située danjs le désert, je résolus de connaître par moi-même ses monuments si vantés; et, après trois jours de marche dans des solitudes arides, ayant traversé une vallée remplie de grottes et de sépulcres, tout à coup, au sortir de cette vallée, j'aperçus dans la plaine la scène de ruines la plus étonnante : c'était une multitude innombrable de superbes colonnes debout, qui, telles que les avenues de nos parcs, s'étendaient à perte de vue en files symétriques. Parmi ces colonnes étaient de grands édifices, les uns entiers, les autres demi-écroulés. De toutes parts la terre était jonchée de semblables débris, de corniches, de chapiteaux, <ie fûts, d'entablements, de pilastres, tous de marbre blanc, d'un travail exquis. Après trois quarts d^heure de marche le long de ces ruines, j'entrai dans l'enceinte (lun vaste édifice, qui fut jadis un temple dédié au soleil j et je pris l'hospitalité chez de pauvres paysans arabes, qui ont établi leurs chaumières sur le parvis même du temple, et je résolus de demeurer pendant quelques jours pour considérer en détail la beauté de tant d'ouvrages.

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