‹ Œuvres Choisies de VChapitre 89 sur 109 · CHAPITRE Vin · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vin

R. Ouï , puisqu'il est vrai qu'elles portent avec elles mille calamités. L'homme faible ou làchç vit dans des soucis, dans des angoisses perpétuelles; il mine sa santé par la terreur, souvent mal fondée, d'attaques et de dangers; et cette terreur, qui est un mal, n'est pas un remède ; elle le rend au contraire Fesclave de quiconque veut l'opprimer; par la servitude et l'avilissement de toutes ses facultés , elle dégrade et détériore ses moyens d'existence , jusqu'à voir dépendre sa vie des volontés et des caprices d'un autre homme.

D. Mais , d'après ce que vous avez dit de l'influence des aliments, le courage et la force, ainsi que plusieurs autres vertus, ne sont-ils pas en grande partie l'effet de notre constitution physique , de notre tempérament ?

B. Oui , cela est vrai ; k tel point que ces qualités se transmettent par la génération et le sang, avec les éléments dont elles dépendent: les faits les plus répétés et les plus constants prouvent que dans les races des animaux de toute espèce , l'on voit certaines qualités physiques et morales attachées à tous les individus de ces races, s'accroître ou diminuer selon les combinaisons et les mélanges qu'elles en font avec d'autres races.

D. Mais alors que notre volonté ne suffît plus à nous procurer ces qualités, est-ce un crime d'en être privés I

R. Non ; ce n'est pas un crime , c'est un malheur ; c'est ce que les anciens appelaient une fatalité fa* neste ; mais alors même , il dépend encore de nous de les acquérir; car, du moment que nous connaissons sur quels éléments physiques se fonde telle ou telle

qualité, nous pouvons en préparer la naissance, en exciter les déreloppements par un maniement habile de ces éléments, et voilà ce que fait la science de réducation, qui, selon qu'elle est dirigée, perfectionne ou détériore les individus ou les races , au point d'en changer totalement la nature et les inclinations ; et c'est ce qui rend si importante la connaissance des lois naturelles par lesquelles se font avec certitude et nécessité ces opéi^tîons et ces changenaents*

D. Pourquoi dites-vous que Taelîtité est «ne vertu selon la loi naturelle?

R. Parce que Thomme qui travaille et emploie utilement son temps, en retire mille avantages précieux pour son existence. Est-il né pauvre, son travail fournit à sa subsistance ; et si de plus il est sobre, continent , prudent , il acquiert bientôt de Taisance, et il jouit des doueenrs de la vie : son travail niême lui donne ces vertus ; car tandis qu'il occupe son esprit et son corps, il n'est point affecté de désirs déréglés, il ne s'ennuie point, il contracte àe douces habitudes, il augmente ses forces, sa santé, et parvientà une vieillesse paisibleet heureuse.

D, La paresse et l'oisiveté sont donc des vices dans la loi naturelle?

R« Oui^ et les plus pernicieux de tous les vices : car elles conduisent à tous les autres. Par la paresse et l'oîsiveté, l'homme reste ignorant et perd môme la science qu'il avait acquise : il tombe dans tous les malheurs qui accompagnent l'ignorance et la sottise; par Ja paresse et l'oisiveté, l'homme, dévoré d'ennuis, se livre, pour les dissiper, & tous les désirs de ses sens, qui, prenant de jour en jour

plus d'empire, le rendent intempérant, gourmand, luxurieux, énervé, lâche, vil et méprisable. ÎPaf reflfet certain de tous ces vices, il ruine sa fortune, consume sa santé çjt terfï^ipe g»^ yie dans toutes les angoisses des maladies et de la pauvreté.

D, A vous entendre, il semblerait que la pauvreté fût un vice?

R. Non ; elle n'est pas un vice, mais elle est ençom molng v^m v«rtii; cw éi\e est btciii plus pores de nuire que d'être utile : elle est mêqM fffminur iiiim9% te r^switat «lu vie», ou nn çmm^fmmttit; ciar tous les vioes iudividtt^a ont Veiêt 4e.0(tfiduir« & l'indiç^ice, k la priv^tiQ» ^$ Ivs^mi^ Ift vie, et qu^nd un honuue manque 4ii iiéc$$sai|pe, U est bien près ck{ se le procura par des moyws vicieux, c-e$t-à-dire nui«i|»lô$ k la société. Toutes le* vertus individuelles, au coutraîre, teadent k procurer ^ VtiomiQe une subsistance abQPdante, et quand il a pXm qu'il qe ^o^omme, il lui est bleu plus facile de donner aux autres, et éet pratiquer les actions iitiles 1^ la société.

p. Est-ce que vous regardes la richesse comifte uoe vertu?

R. Nou> mais elle eal encore moios un vice; c'est soq usage que Too peut appelei? vertueux ou vicieux, selon qu'il est utileou nuisible àVbomme et à la société. La richesse egt un instrumeut doi^t r usage seul et l'emploi détejfiniuent la vertu ou le vice.

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