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soyons accoutumés à. voir
seules dont il faille se servir dans l’étude des sciences, continuons d’expliquer, dans cette règle et dans la suivante, par
nuons
quels moyens nous pouvons devenir plus aptes à faire ces opérations, et en même temps à développer les deux principales facultés de notre esprit, savoir : la perspicacité, en considérant distinctement chaque chose, et la sagacité, en déduisant liabilement les choses l’une de l’autre.
Et d’abord la manière dont nous nous servons de nos yeux nous apprend l’usage de l’intuition j car celui qui veut embrasser du même coup d’œil un grand nombre d’objets à la fois n’en voit aucun distinctement; et pareillement celui qui, par un seul acte de la pensée, a coutume de s’appliquer à un grand nombre d’objets à la fois a l’esprit confus; mais les ouvriers qui s’occupent d’ouvrages délicats, et qui sont accoutumés à diriger leur regard sur chaque point, acquièrent par l'usage la faculté de distinguer parfaitement les choses mêmes les plus petites et les plus fines; de même ceux qui jamais ne partagent au même instant leur pensée entre des objets divers, mais qui toujours l’occupent tout entière à considérer les choses les plus simples et les plus faciles, devieunent très-perspicaces.
C’est un vice commun parmi les mortels de regarder les choses difficiles comme les plus belles, et la plupart croient ne rien savoir quand ils trouvent aux choses une cause très-claire et trèssimple, cependant qu’ils admirent certaines raisons sublimes et profondes des philosophes, quoique le plus souvent elles reposent sur des fondements que personne n’a jamais suffisamment vérifiés; admiration insensée qui préfère les ténèbres à la lumière. Or il faut remarquer que ceux qui savent véritablement reconnoissent aussi facilement la vérité lorsqu’ils la tirent d’un sujet obscur que lorsqu’ils la tirent d’un sujet simple. En efl'et, c est par un acte semblable, un et distinct, qu’ils comprennent chaque vérité, une fois qu’ils y sont parvenus; toute la différence est dans la route, qui certainement doit être plus longue si elle conduit à une vérité plus éloignée des principes primitifs et absolus.
11 faut donc s accoutumer à embrasser par la pensée si peu d objets à la fois, et des objets si simples, que jamais on ne croie
RÈGLES
savoir ce flont on n’a pas une inliiition aussi claire que la chose dont ou a la connoissance la plus distincte. Quelques-uns, il est vrai, naissent beaucoup plus propres à cela que les autres; mais l’art et l’exercice y peuvent rendre leur esprit encore beaucoup plus propre. Et il est un point sur lequel je dois insister ici plus que sur tous les autres : c’est que chacun se persuade fermement que ce n’est pas des choses grandes et obscures, mais seulement des choses les plus simples et les plus faciles qu’il faut déduire les sciences même les plus cachées.
Par exemple, je veux examiner s’il est quelque puissance naturelle qui puisse, dans le môme instant, passer dans un autre lieu et traverser tout le milieu qui 1 en sépare ; je ne tournerai pas aussitôt mon esprit vers l’action magnétique ou vers l’influence des astres, ou même vers la rapidité de la lumière , pour chercher si de tels mouvements sont instantanés, car cela seroit plus difficile à prouver que ce que je cherche; mais plutôt je réfléchirai au mouvement local des corps, parce que rien dans ce genre ne peut être plus sensible , et je remarquerai qu’une pierre ne peut dans le même instant parvenir d’un lieu à un autre, parce que c’est un corps ; mais qu une puissance semblable à celle qui meut cette pierre ne peut se communiquer que dans le même instant, si elle parvient seule d’un sujet à un autre. Ainsi, quand je remue l’extrémité d’un bâton, quelque long qu’il soit, je conçois facilement que la puissance qui la meut mette nécessairement en mouvement dans le même instant toutes les autres parties de ce bâton, parce qu’elle se communique seule et qu’elle ne se trouve pas renfermée dans quelque corps, dans une pierre, par exemple, qui l’emporte
avec elle.
De même, si je veux connoUre comment une seule et meme cause peut produire à la fois des effets contraires, je n’emprunterai pas aux médecins les remèdes qui chassent certaines humeurs et en retiennent d’autres ; je ne dirai pas follement de la lune qu’elle échauffe par sa lumière et refroidit par sa qualité occulte; mais plutôt je considérerai une balance où les mêmes
POUR LA DIRECTION DE L’ESPRIT poids ‘dans un seul et même instant élèvent un bassin et abaissent l’autre, et autres exemples semblables.