‹ Œuvres choisies ... . Discours de la méthode; Méditations métaphysiques; Des passions en général; Règles pour la direction de l'esprit; Recherches par la lumière naturelle, etcChapitre 25 sur 116 · CONTRE LA SIXIÈME MÉDITATION · texte numérisé non relu

CONTRE LA SIXIÈME MÉDITATION

Be 1 existence des choses matérielles et de la distinction réelle entre l’âme et le corps de l’homme.

I. Vous ne concevez pas mieux le chiliogone que vous ne 1 imaginez; vous savez que ce mot signilie une figure de mille

angles ; voilà en quoi consiste ici toute l’opéiation intellectuelle, c’est un nom. L’intellection et l’imagination suivent le sort l’une de l’autre quant à la clarté; elles ne 'diffèrent que de degré.

II. Si quelquefois les sens nous trompent, ils nous montrent quelquefois la vérité.

III. De ce qu’il vous est donné de vous concevoir sans votre corps, vous concluez que vous en êtes distinct. 11 ne s’agissoit pas de savoir si vous étiez ce corps grossier composé de membres, mais un corps plus subtil répandu dans l’autre.

IV. Comment l'espèce représenlative du corps qui est étendue, formée, etc., pourroit-elle être reçue en vous, si vous étiez inélendu? Vous ne savez pas ce que vous êtes, en supposant même que vous sachiez que vous n’êtes pas étendu. Pouvez-vous n’avoir pas d’e.xtension, vous qui êtes dans toutes les parties de votre corps? Si vous n’êtes point corporel, comment pouvez-vous mouvoir le corps ?

V. Comment l’union est-elle possible entre un être corporel et un être- incorporel? La douleur n’est qu’une séparation de parties, comment pourriez-vous souffrir si vous étiez simple et indivisible.

VI. J’approuve vos conclusions sur la croyance qu’il faut accorder à ce que nos sens nous montrent le plus souvent, sur la distinction de la veille et du somrtieil, et enfin sur les foiblesses et les infirmités de notre nature.

RÉPONSES AUX CINQUIÈMES OBJECTIONS Des choses qui ont été olijectées contre la première Méditation.

Aucune des objections présentées contre la première Méditation n’est appuyée de preuves.

Des choses qui ont été olijectées contre la deuxième Méditation.

1. L’appareil dont je me suis servi pour prouver quej’e.xisle n’a pas été trop grand, puisque je ne vous ai pas encore con-

FAITES CONTRE LES MÉDITATIONS, ETC. lOo

vaincu; je ne pouvois conclure mon existence d’aucune autre action que de ma pensée, car toutes les autres peuvent être révoquées en doute.

II. J’ai fait voir que je ne suis pas un vent quand j'ai montré que je ne puis supposer qu’il n’y a point de vent au monde, sans altérer en rien la connoissance que j’ai de moimême.

III. Si l’âme semble languir avec le corps, en cela elle ressemble à un bon ouvrier qui ne peut rien laire avec un mauvais outil. C’est à vous de prouver que je suis un corps, que l’âme des bêtes est corporelle et que le corps contribue à la pensée.

IV. Pourquoi l’âme ne penseroil-elle pas toujours, puisqu’elle est une substance qui pense ? 11 n’est pas étonnant que nous oubliions les pensées que nous avons eues dans le sein de nos mères ou pendant les léthargies, puisque nous ne nous souvenons pas d’un grand nombre de pensées de la veille et de l’âge mûr.

V. Ce que j’ai dit sur l’imagination est assez cla'ir. Autre chose est appartenir à la connaissance que j’ai de moi-méme, autre chose appartenir à mon essence.

VI. Je regarde ce que vous dites sur l'imagination et l’intellection comme des murmures et non comme des raisons.

VII. Tout ce que vous alléguez sur les bêtes est hors de propos, car l’esprit méditant sur lui-même peut expérimenter qu’il pense, mais non pas que les bêtes ont des pensées.

VIII. Je n'ai point séparé le concept de la cire du concept de ses accidents; mais j’ai voulu montrer comment la substance est manifestée par les accidents ; je ne vois pas sur quel argument vous vous fondez pour afiirmer que le chien juge de la même façon que vous.

IX. lin sachant que je suis, je sais par cela même ma nature; car pour rendre une substance manifeste on n’a besoin que d’en faire connoître les divers attributs. Quand je parle de la cire et de ses accidents, je ne prétends pas me servir de la vue et du toucher qui s’exercent par l’entremise des organes, mais de

Ifi6 ABRÉGÉ DES OBJECTIONS

la seule pensée de voir et de toucher, semblable à celle de nos songes.

Des choses qui ont été objectées contra la troisième Méditation.

I. On ne saurait prouver que les personnes dont les opinions sont fausses les conçoivent clairement et distinctement. Je crois avoir donné une méthode pour reconnoitre si la clarté d’une connoissance est vraie ou apparente.

II. Prétendre que l’idée factice vient du dehors, c’est affirmer que Praxitèle n’a point fait ses statues. Pour connoîlre que je suis une chose qui pense, je n’ai pas besoin des idées d’animal, de plante, etc.

III. C’est une question que de savoir si je marche sur la terre. Celui qui nie le monde matériel ne peut-il pas dire que c’est nous-mêmes qui forgeons l’idée de couleur, et que si l’aveugle ne l’a point, c’est faute d’invention? Refuser le nom d’idée à celle que l’astronomie nous donne du soleil, c’est restreindre ce nom aux seules images, contre ce que j’ai expressément établi.

IV. Vous faites la même chose quand vous dites qu’on n’a aucune idée véritable de la substance. L’idée de substance n’emprunte pas aux accidents tout ce qu’elle a de réalité, car on ne conçoit jamais la substance à la façon des accidents. Si nous avons appris des autres ce que nous savons de Dieu, d’où les autres l’onl-ils appris? Je ne prétends pas que nous ayons de l’inlini, ni même de la plus petite chose, une conception adéquate de tout ce qu’il y a d’intelligible dans ces objets; mais nous en possédons une intellection conforme à la portée de notre esprit. Ce n’est pas pour nous une simple négation du fini, car au contraire, toute l’imitation contient la négation de l infini. L’idée de Dieu renferme plus de réalité que celle des chose finies; car vous convenez vous-même que nous amplifions les qualités de ces choses pour les attribuer à Dieu. Or, d’où nous vient cette faculté d’amplifier, si ce n’est de l’idée d’uno chose plus grande, c’est-à-dire de Dieu même ?

V. Il n’est rien dans un effet qui n’ait été premièrement dans sa cause. La réalité formelle d’une idée n’est pas une substance.

VI. Vous aimez mieux vous en rapporter à vos anciens préjugés sur l’existence du monde matériel, que d’en chercher les raisons. L’esprit peut se prendre pour objet de son action : le sabot qui tourne n’agit-il pas sur lui-même ? Je n’ai point dit que l’idée des choses matérielles dérivêt positivement de l’esprit, mais seulement que rien n’empêcboit qu'elle en pût dériver.

Vil. Je n’ai pas besoin pour avoir idée de l’infini de le comprendre, car il y a contradiction entre infini et comprendre, et pourtant l’idée que j’en ai ne représente pas seulement une partie de l’infini, mais tout l’infini, comme il peut être représenté par une idée humaine.

VIII. De ce que je désire du pain, je n’infère pas que le pain soit plus parfait que moi, mais que je suis moins parfait quqnd j’ai besoin de pain que quand je puis m’en passer. Les choses contenues dans une idée sont dans la nature, quand cette idée ne peut avoir d’autre cause que ces objets eux-mêmes.

IX. Nier que nous ayons besoin de l’inlluence continuelle de la cause première pour être conservés, c’est se mettre en contradiction avec tous les métaphysiciens. Quand j’ai parlé de l’indépendance des parties du temps, je n’ai pas entendu le temps abstrait, mais la durée de l’objet qui peut cesser d’être à ciiaque moment. Ln supposant que nous avons en nous une faculté qui nous conserve, vous attribuez à la créature la perfection du Créateur et à celui-ci l’imperfection de la créature, parce qu’il auroit besoin d’agir pour détruire. Vous êtes en contradiction avec vous-même sur le progrès à l’iulini des causes, puisque vous le reconnoissez absurde pour celles dont l’inférieure ne peut agir sans une supérieure qui la remue. Enfin je ne puis accroître les perfections humaines, jusqu'à ce qu’elles ne soient plus humaines, que si j’ai un Dieu pour auteur de mon être.

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