PREMIÈRE PARTIE
quelques-uns dans les cavités du cerveau, il en sort aussi quelques autres par les pores qui sont en sa substance, lesquels porcs les conduisent dans les nerfs, et de là dans les muscles, au moyen de quoi ils meuvent le corps en toutes les diverses façons qu’il peut être mû.
Art. 11. Comment se font les monvements des muscles.
Car la seule cause de tous les mouvements des membres est que quelques muscles s’accourcissent et que leurs opposés s’allongent, ainsi qu’il a déjà été dit; et la seule cause qui fait qu’un muscle s’accourcit plutôt que son opposé est qu’il vient tant soit peu plus d’esprit du cerveau vers lui que vers l’autre. Non pas que les esprits qui viennent immédiatement du cerveau suffisent seuls pour mouvoir ces muscles , mais ils déterminent les autres esprits qui sont déjà dans ces deux muscles ü sortir tous fort promptement de l’un d'eux et passer dans l’autre, au moyen de quoi celui d’où ils sortent devient plus long et plus lâche, et celui dans lequel ils entrent, étant promptement enflé par eux, s’accourcit et tire le membre auquel il est attaché. Ce qui est facile à concevoir, pourvu que l’on sache qu’il n’y a que fort peu d’esprits animaux qui viennent continuellement du cerveau vers chaque muscle, mais qu’il y en a toujours quantité d'autres enfermés dans le même muscle qui s’y meuvent très-vite, quelquefois en tournoyant seulement dans le lieu où ils sont, à savoir lorsqu’ils ne trouvent point de passages ouverts pour en sortir, et quelquefois en coulant dans le muscle opposé : et d’autant qu’il y a de petites ouvertures en chacun de ces muscles par où ces esprits peuvent couler de l’un dans l’autre, et qui sont tellement disposées que, lorsque les esprits qui viennent du cerveau vers l’un d’eux ont tant soit peu plus de force que ceux qui vont vers l’autre, ils ouvrent toutes les entrées par où les esprits de l’autre muscle peuvent passer en celui-ci, et ferment en même temps toutes celles par où les esprits de celui-ci peuvent passer en l’autre; au moyen de quoi tous les esprits contenus auparavant en ces deux muscles
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LES PASSIONS DE L’AME
s’assemblent en l’un d’eux fort promptement, et ainsi Tendent et 1 accourcissent, pendant que Tautre s’allonge et se relâche.
Art. )2. Comment les objets de dehors agissent contre les organes des sens.
11 reste encore ici à savoir les causes qui font que les esprits ne coulent pas toujours du cerveau dans les muscles en même façon, et qu’il en vient quelquefois plus vers les uns que vers les autres. Car, outre l’action de Tilme, qui véritablement est en nous Tune de ces causes, ainsi que je dirai ci-après, il y en a encore deux autres qui ne dépendent que du corps, lesquelles il est besoin de remarquer. La première consiste en la diversité des mouvements qui sont excités dans les Organes des sens par leurs objets, laquelle j’ai déjt'i expliquée a.'îsez amplement en la Dioptrique; mais afin que ceux qui verront cet écrit n’aient pas besoin d’en avoir lu d’autres, je répéterai ici qu’il y a trois choses à considérer dans les nerfs, à savoir : leur moelle, ou .substance intérieure, qui .s’étend en. forme de petits filets depuis le cerveau, d’où elle prend son origine, jusques aux extrémités des antres membres auxquelles ces filets sont attachés; puis les peaux qui les environnent et qui, étant contiguës avec celles qui enveloppent le cerveau, composent de petits tuyaux dans lesquels ces petits filets sont enfermés; puis enfin les esprits animaux qui, étant portés par ces mêmes tuyaux depuis le cerveau jusques aux muscles, sont cause que ces filets y demeurent entièrement libres et étendus, en telle sorte que la moindre chose qui meut la partie du corps où l’extrémité de quelt|u’un d’eux est attachée fait mouvoir par même moyen la partie du cerveau d’où il vient, en même façon que lorsqu’on tire un des bouts d’une corde on fait mouvoir l’autre.
Art. 13. Qne celle action des objets de dehors peut conduire diversement les esprits d.ins les imiscles.
Et j’ai expliqué en la Dioptrique comment tous les objets de vue ne se communiquent à nous que par cela seul qu’ils meu-