PREMIÈRE PARTIE )9g
qu’elle a de ces choses dépendent principalement de la volonlé qui fait qu’elle les aperçoit; c’est pourquoi on a coutume de les considérer comme des actions plutôt que comme des passions.
Aut. 21. Des imaginations qui n’ont pmr'canso que Je corps.
l'.nlre les perceptions qui sont causées par le corps, la plupart dépendent des nerfs; mais il y en a aussi quelques-unes qui n’en dépendent point, et qu’on nomme des imaginations, ainsi que celles, dont je viens de parler, desquelles néanmoins elles diITtrent en ce que notre volonté ne s’emploie point à les former, ce qui fait qu’elles ne peuvent être mises au nombre des actions de l’àme, et elles ne procèdent que de ce que les esprits étant diversement agités, et rencontrant les traces de diverses impressions qui ont précédé dans le cerveau, ils y prennent eur cours fortuitement par certains pores plutôt que par d’aures. Telles sont les illusions de nos songes et aussi les rêveries que nous avons souvent étant éveillés, lorsque notre pensée erre nonchalamment sans s'appliquer è rien de soi-même. Or, encore que quelques-unes de ces imaginations soient des passions de 1 Anic, en prenant ce mot en sa plus propre et plus parfaite signification, et qu’elles puissent être toutes ainsi nommées, si on le prend en une signification plus générale, toutefois, pour ce qu elles n ont pas une cause si notable et si déterminée que les perceptions que l’ùme reçoit par l’entremise des nerfs, et qu’elles semblcn. Cro l'ombre et le peiotore, „e, , , ’e
Art. 22. De la différence gui est entre les antres perceptions.
Toutes les perceptions que je n’ai pas encore explipuées viennent h ême par l’entremise des nerfs, et il y a entre elles cette <l.lrér.„ce que nous les roppor,,,,, »
qui frappent nos sens, les autres à notre âme
LES PASSIONS DE L’AME
Art. 23. Des perceptions qne nous rapportons ani objets qui sont hors de nous.
Celles que nous rapportons à des choses qui sont liors de nous, à savoir aux objets de nos sens, sont causées, au moins lorsque notre opinion n’est point fausse, par ces objets qui, excitant quelques mouvements dans les organes des sens extérieurs, en excitent aussi par l’entremise des nerfs dans le cerveau, lesquels font que l’àme les sent. Ainsi lorsque nous voyons la lumière d’un (lambeau et que nous oyons le son d'une cloche, ce son et celte lumière sont deux diverses actions qui, par cela seul qu’elles excitent deux divers mouvements en quelques-uns de nos nerfs, et par leur moyen dans leur cerveau, donnent à l’âme deux sentiments différents, lesquels nous rapportons tellement aux sujets que nous supposons être leurs causes, que nous pensons voir le flambeau même et ouïr la cloche, non pas sentir
seulement des mouvements qui viennenHi’eux.
Art. 24. Des perceptions que nous rapportons à notre corps.
Les perceptions que nous rapportons à notre corps ou à. quelques-unes de ses parties sont celles que nous avons de la faim, de la soif et de nos autres appétits naturels, à quoi on peut joindre la douleur, la chaleur et les autres affections que nous sentons comme dans nos membres, et non pas comme dans les objets qui sont hors de nous : ainsi nous pouvons sentir en même temps, et par l’entremise des mêmes nerfs, la froideur de notre main et la chaleur de la namme dont elle s’approche, ou bien au contraire la chaleur de la main et le froid de l’air auquel elle est exposée, sans qu’il y ail aucune différence entre les actions qui nous font sentir le chaud ou le froid qui est en notre main et celles qui nous font sentir celui qui est hors de nous, sinon que, l’une de ces actions survenant h l’autre, nous jugeons que la première est déjà en nous, et que celle qui survient n’y est pas encore, mais en l’objet qui la cause.