‹ Œuvres choisies ... . Discours de la méthode; Méditations métaphysiques; Des passions en général; Règles pour la direction de l'esprit; Recherches par la lumière naturelle, etcChapitre 43 sur 116 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Art. 40. Quel est le principal effet des passions.

Car il esl besoin de remarquer que le principal effet de toutes les passions dans les hommes est qu’elles incitent et disposent leur âme à vouloir les choses au.xquelles elles préparent leur corps; en sorte que le sentiment de la peur l’incite à vouloir fuir^ celui de la hardiesse à vouloir combattre, et ainsi des

Mais la volonté est tellement libre de sa nature, qu’elle ne peut jamais être contrainte; et des deu.\ sortes de pensées que j ai distinguées en l’âine, dont les unes sont ses actions, à savoir, ses volontés, les autres scs passions, en prenant ce mot en sa plus générale signification, qui comprend toutes sortes de perceptions, les premières sont absolument en son pouvoir et nu peuvent qu’mdirectement être changées par le corps, comme au contraire les dernières dépendent absolument des actions qui les conduisent, et elles ne peuvent qu’indirectement être changées par l’iime, e.\cepté lorsqu’elle est elle-même leur cause. Et toute l’action de l’ànie consiste en ce que, par cHa seul qu’elle veut quelque chose, elle fait que la petite glande à qui elle- est étroitement jointe se meut en la façon qui est requise pour produire l’effet qui se rapporte à cette volonté.

Art. 42. Comment on Uouve en sa mémoire les choses dont on veut

autres.

Art. 41. Quel est le pouvoir de l’âme au regard du corps.

se souvenir.

y a laissées; car ces traces ne sont “ )res du cerveau, par où les esprits

LES PASSIONS DE L’AME

ont auparavant pris leur cours à cause de la présence de cet objet, ont acquis par cela une plus grande facilité que les autres à être ouverts derechef en même façon par les esprits qui viennent vers eux; en sorte que ces esprits rencontrant ces pores entrent dedans plus facilement que dans les autres, au moyen de quoi ils excitent un mouvement particulier en la glande, lequel représente à Tâme le même objet et lui fait connoître qu’il est celui duquel elle vouloit se souvenir.

Art. 43. Comment l’âme peut imaginer, être attentive et mouvoir le corps.

Ainsi, quand on veut imaginer quelque chose qu’on n’a jamais vue, cette volonté a la force de faire que la glande se meut eu la façon qui est requise pour pousser les esprits vers les pores du cerveau par l’ouverture desquels cette chose peut être représentée; ainsi, quand on veut arrêter son attention à considérer quehiue temps un même objet, cette volonté retient la glande pendant ce temps-là penchée vers un même côté ; ainsi, enfin, quand on veut marcher ou mouvoir son corps en quelque façon, cette volonté fait que la glande pousse les esprits vers les muscles qui servent à cet effet.

Art. 44. Que chaque volonté est naturellement jointe à quelque mouvement de la glande; mais que, par industrie ou par habitude, on la peut joindre à d'autres.

Toutefois ce n’est pas toujours la volonté d’exciter en nous quelque mouvement ou quelque autre effet qui peut faire que nous l’excitons; mais cela change selon que la nature ou l’habi tude ont diversement joint chaque mouvement de la glande à chaque pensée. Ainsi, par exemple, si on veut disposer ses yeux à regarder un objet fort éloigné, celle volonté fait que leur prunelle s’élargit; et si on les veut disposer à regarder un objet fort proche, cette volonté fait qu’elle s’étrécit; mais si on pense seulement à élargir la prunelle, on a beau en avoir la volonté, on ne l’élargit point pour cela, d’autant que la nature n’a pas

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