‹ Œuvres choisies ... . Discours de la méthode; Méditations métaphysiques; Des passions en général; Règles pour la direction de l'esprit; Recherches par la lumière naturelle, etcChapitre 76 sur 116 · TROISIÈME PARTIE 2Co · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE 2Co

chacun. Et avec cela ils sont entièreinunt maîtres de leurs passions, parliculièrcmcnl des désirs, de la jalousie et de l’envie, à cause qu'il n’y a aucune chose dont l'acquisition ne d-'-pende pas deux qu’ils pensent valoir assez pour mériter d’être beaucoup souhaitée ; et de la haine envers les hommes, à cause (lu'ils les estiment tous; et de la peur, à cause que la confiance qu’ils ont en leur vertu les assure; et enfin de la colère, à cause que. Il estimant que fort peu tontes les choses qui dépendent d’autrui’ jamais ils ne donnent tant d’avantage à leurs ennemis que de reconnoitre qu’ils en sont oITensés.

Art. 157. De Torgueil

Tous ceux qui conçoivent bonne opinion d'eiix-mêmes pour quelque autre cause, telle qu’elle puisse être, n’ont pas une Maie générosité, mais seulement un orgueil qui est toujours ort vicieux, encore qu’il lé soit d’autant plus que la cause pour aque le on s estime est plus injuste; et la plus injuste de toutes est lorsqu on est orgueilleux sans aucun sujet; c’est-à-dire sans qu on pense pour cela qu’il y ait en soi aucun mérite pour lequel on doive etre prisé, mais seulement pour ce qu’on ne fait pLt eut du mérite, et que, s’imaginant que la gloire n’est Lre

le ceux qui s’en attribuent

plus en ont le plus. Ce vice est si déraisonnable et si absurde

aidassent allei, si jamais personne ii’éloit loué injustement

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LES PASSIONS DE L’AME

si elle est autre que la volonté qu’on sent en soi-inême d’user toujours bien de son libre arbitre, de laquelle j’ai dit que vient la générosité, elle produit toujours un o gueil très-blàinable, et qui est si différent de cette vraie générosité qu’il a des effets entièrement contraires; car tous les autres biens, comme l’esprit, la beauté, les richesses, les honneurs, etc., ayant coutume d’être d'autant plus estimés qu’ils se trouvent en moins de personnes, et même étant pour ia plupart de telle nature qu’ils ne peuvent être communiqués à plusieurs, cela fait que les orgueilleux tâchent d’abaisser tous les autres hommes, et qu’étant esclaves de leurs désirs, ils ont l’âme incessamment agitée de haine, d’envie, de jalousie ou de colère.

Art. 159. Do ri;mnilité vicieuse.

Pour la bassesse ou humilité vicieuse, elle consiste principalement en ce qu’on se sent foible ou peu résolu, et que, comme si on n’avoit pas l’usage entier de son libre arbitre, on ne se peut empêcher de faire des choses dont on sait qu’on se repentira par après; puis aussi en ce qu’on croit ne pouvoir subsister par soi-même ni se passer de plusieurs choses dont 1 acquisition dépend d’autrui. Ainsi elle, est directement opposée à la générosité; et il arrive souvent que ceux qui ont l’esprit le plus bas sont les plus arrogants et superbes, en même façon que les plus généreux sont les plus modestes et les plus humbles. Mais, au lieu que ceux qui ont l’esprit fort et généreux ne changent point d’humeur pour les prospérités ou adversités qui leur arrivent, ceux qui l’ont foible et abject ne sont conduits que par la fortune, et la prospérité ne les ende pas moins que l’adversité les rend humbles. Même on voit souvent qu’ils s’abaissent honteusement auprès de ceux dont ils attendent quelque profit ou craignent quelque mal, et qu’au même temps ils s’élèvent insolemment au-dessus de ceux desquels il n’espèrent ni ne craignent aucune chose.

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