LIVRES D’HEURES DE LA BIBLIOTHÈQUE D’AIX
Ce livre d’heures est un manuscrit in-4° sur vélin, de qnatre cent quatre-vingt-quatorze pages ; la reliure en est moderne. 11 se trouvait dans la bibliothèque de M. de Lcnfant,à Aix, d’où il passa dans celle du marquis de Mejancs. Les premiers feuillets portent la date de 1458, et elle se trouve précédée de ces mots : ihus ma. En télé de ces heures se trouve un calendrier en marge duquel sont écrites, de la main de René, des notes presque semblables à celles du livre d’heures de la Bibliothèque royale.
Notre manuscrit est enrichi de lettres majuscules de la main du bon roi : on y trouve à dix reprises différentes les armes de ce prince , tantôt sans le collier et le croissant, tantôt avec un sixième quartier de plus, qui est l’écu de Lorraine, d’argent à une bande de gueules , chargée de trois alérions. Le croissant d'argent est fourré d’hermine, boulé d’or, et on lit ces mots en lettres bleues : Los en croissant
Ces heures contiennent de plus que celles décrites dans le catalogue delà Vallière, une traduction du Credo eu vers français, par le roi René, que nous reproduisons ici lidèlement :
Je croy en Dieu le père tout puissant, créateur Du ciel et de la terre , en Jésus Rédempteur ,
Son seul fils nostre sire , conceu du Saint-Esprit,
Né de Marie vierge, qui mort en croix souffrit.
Descendit es enfers, tiers jour ressuscita.
Es cieulx monta régnant , vifs et mors jugera.
Je croy ou Saint-Esprit, en une sainte église Catholique , et es sains où Dieu a grâce mise.
En la remission des pechez faiz par nous.
En résurrection corporelle de tous.
En vie perdurable qui après doit venir.
C’est la foy vitable ou vueil vivre et mourir.
Ensuite, les serments de l’Ordre du Croissant, folio 38. Les prières pendant la messe , folio 88. Une oraison à saint Christophe , folio 120. Une antienne à sainte Apollonie, page 431. Une oraison à saint René, page 461. Une prière à la Vierge; une prose dont on chantait deux strophes aux messes de la cathédrale d’Aix avant la révolution. (M. Rouard et M. Mouan, bibliothécaires de la ville d’Aix.)
HEURES DE LA BIBLIOTHÈQUE D’ANGERS (F. page 109 de la biographie.)
C’est rsans contredit l’un de nos manuscrits les plus précieux : Il forme uu in-4° de 200 feuillets à longues lignes; le vélin est d’une parfaite blancheur, d’une grande finesse et l’ouvrage est tout entier d’une conservation admirable. La reliure primitive ayant été arrachée , nous l’avons remplacée par une couverture en velours mordoré , ornée de coins et d’une fermoir de cuivre doré.
Ce volume est sorti du couvent des Cordeliers. Ce fut le roi René qui l’exécuta de sa main entièrement; d'autres disent qu’il le fit exécuter sous ses yeux pour le donner au couvent qu’habitait son confessenr.
Parlons maintenant des dessins et peintures ; ils sont en grand uombre : miniatures, vignettes, initiales de la plus grande beauté. Quant aux miniatures , il n'y en a pas moins de 54 , tant grandes que petites et moyennes : toutes d’un charme qu’on ne peut dire, et qui font de notre volume un vrai trésor.
A l’égard des lettres tourneures, coloriées, dorées , qui sont à la tête des oraisons, hymnes, versets, lignes, notamment aux litanies, elles sont semées partout avec une profusion sans exemple.
Indiquons le sujet des peintures , en commençant par ceux du calendrier :
Folios là 12. — Les mois caractérisés par des figures élégantes et ingénieuses.
13 à 22. — Les principaux traits de la vie de Jésus-Christ et de la sainte Vierge.
23 à 29. — Job et sa misère. — La mort. — L’enterrement. — Les évangélistes.
30 à 33. — Le roi David. — Saint Jean l’évangéliste. — Le baiser de Judas. — La sainte Croix,
34 à 37. — La Vierge et l’enfant Jésus. — La vierge de Miséricorde. — La Sainte-Trinité. — Le Saint-Sacrement.
38 à 54. — Saint Michel archange. —Saint Jean-Baptiste. — Saint Pierre. — Saint Paul , etc.
Les figures, les attributs, les fleurs, tout est ici merveilleusement exécuté. Le blanc, quand il s’en est trouvé aux fins de ligne , a été rempli par des coins et tirets de couleur et d’or, à l’exception de quelques pages où le travail n'est pas achevé.
A chaque cahier, de 16 en 16 pages , il y a des réclames et le volume, quoique complet, n’a pas à sa dernière ligne Vexplicit accoutumé.
Ajoutons qu’au bas des grandes miniatures, est un monogramme sur écusson , précisément le même que celui qu’on voit sculpté sur une des portes du manoir de Launay, où le roi de Sicile se plaisait à habiter.
N° 136. — MISSEL DU ROI RENÉ (fragment), in -4° vélin , quatre feuillets .
Ce manuscrit se lie essentiellement à celui qui précède. Ce n’est qu’un fragment, mais qui ressemble à s'y méprendre au volume que nous venons de décrire. On lit sur un papier qui l’accompagne :
« Quatre feuillets d’un missel du roi René , légués à M. Daubigny par Mlle Rachel Alfandery, de Tarascon.
■ Le manuscrit était encore complet le 20 septembre 1790, lors du pillage de la maison Alfandery. Les - feuillets en furent déchirés pour emporter les fermoirs. La maison Alfandery a fourni pendant le règne du » roi René ses intendants. •
Cette note signée de M. llawke , a été prise par lui à Aix, de la personne même qui lui a donné ces feuillets , dont il vient de faire don à notre cabinet avec sa générosité habituelle.
(M. Grille, bibliothécaire de la ville d’Angers.)