JEAN, RATON, MARTHE
RATON, à Marthe et à Jean, qui entrent par la petite porte à gauche.
Eh bien!
JEAN , tristement.
Cela va mal... tout est tranquille !
MARTHE
Les rues sont désertes , les boutiques sont fermées , les ouvriers que nous avons envoyés ont eu beau crier : Vive Burkenstaff! personne n'a répondu !...
Personne!... c'est inconcevable!... des gens qui m'adoraient hier!... qui me portaient en triomphe;... et aujourd'hui ils restent chez eux !
JEAN
Et le moyen de sortir .' Il y a des soldats dans toutes les rues.
RATON
Vraiment !
JEAN
Les portes de nos ateliers sont gardées par des piquets de cavalerie.
RATON
Ah, mon Dieu !
MARTHE
Et ceux des ouvriers qui ont voulu se montrer ont été arrêtés à l'instant même.
RATON , effraye.
Voilà qui est bien différent. Écoutez donc, mes enfants , je ne savais pas cela. Je dirai à la reine-mère : Madame, j'en suis bien fâché ; mais à l'impossible nul n'est tenu , et je crois que ce que nous avons de mieux à faire est de retourner chacun chez nous.
MARTHE
Ce n'est plus possible , notre maison est envahie ; des Irabans de la garde y sont casernes ; ils mettent tout au pillage ; et si vous y paraissiez maintenant, il y a ordre de vous saisir , et peut-être pire encore.
RATON
Mais ça n'a pas de nom! c'est épouvantable! c'est d'un arbitraire I Et où nous cacher maintenant ?
Nous cacher! quand mon fils est en danger , quand on dit qu'il vient d'être condamné!
RATON
Est-il possible !
MARTHE
C'est vous qui l'avez voulu j et maintenant que nous y som-