ACTE III , SCÈNE VII
GEORGE , souriant.
Je vois que mon nouveau ministre est sujet aux dislraclions... II n'y a pas de mal,... cela passe souvent , dans les affaires, pour de la gravité ou de la profondeur... Je disais que VValpole est enchanté de vous;... car il craignait d'abord un refus,... il me l'avait formellement annoncé !
HENBI.
C'est vrai , Sire , j'y étais décidé , je me l'étais bien promis.
GEORGE
Quoi! sincèrement vous aviez l'intention de résister aux désirs de votre oncle,... aux volontés de votre roi... Ce projet se rattachait-il à des considérations d'État ?
HENRI
Non, Sire!...
GEORGE
A quelque système que depuis vous avez abandonné ?
HENRI
Non, Sire ;.., et je demanderai à Votre Majesté la permission de ne pas lui faire connaître les motifs qui m'ont déterminé !
GEORGE
Et pourquoi donc?
HENRI
Ils lui paraîtraient peut-être peu dignes de la gravité qu'elle a droit d'attendre de son ministre.
GEORGE
Eh, mon Dieu, détrompez-vous ! la gravité m'ennuie à périr, et je suis trop heureux d'y faire trêve; ainsi donc,.., parlez sans crainte.
HENRI
Eh bien , Sire ! j'en conviens , je voulais d'abord refuser,,. Mais une personne qui a tout pouvoir sur moi a éveillé dans mon cœur des sentiments d'ambition et de gloire qui ont triomphé de mes craintes et m'ont décidé à accepter.
GEORGE , souriant.
De l'air dont vous dites cela,... je parie que cette personne-là est une femme!...
BENBr.
C'est vrai !
GEORGE, souriant.
Je l'avais deviné. Vous comprenez qu'avec votre oncle , je ne
pouvais parler que d'affaires d'État; la sévérité de son âge et de son caractère... Et puis, c'est le champion de la reine,..- son défenseur! il lui est tout dévoué ,... et raoi aussi! car je la respecte et l'aime avant tout ; mais à la moindre confidence il se serait cru, en sujet lidèle, obligé à des sermons, à des remontrances... C'est gênant,... c'est ennuyeux,... tandis qu'entre nous... (Souriant.)
HENRI, avec respect et étonnement.
Qui, moi , Sire ?
GEORGE, avec bonté.
Croyez-vous donc qu'un roi ne puisse jamais descendre des hauteurs de la politique ou de l'étiquette.'... Croyez-vous donc que souvent au fond du cœur il ne désire pas un ami à qui il puisse confier ses peines.'...
HENRI
Que dites-vous.'
GEORGE, soupirant.
Que moi aussi,... mon cher Henri, j'aurais peut-être là (montrant son creiir) plus d'un chagrin... (Avec bonté.) Mais il s'agit de vous; je vois que vous aimez ,... que vous êtes amoureux...
HENRI
A en perdre la tête.
GEORGE , gaiement.
Je conçois cela ;... et vous êtes heureux .'...
HENRI
Hélas, non!... Elle m'aime,... elle mêle dit,... et elle refuse ma main.
GEORGE, de même.
Ce n'est pas possible.
HENRI
Elle refuse d'être à moi .
GEORGE, avec abandon.
Eh bien, moi , c'est tout le contraire !...
HENRI
En vérité!...
GEORGE, vivement.
C'est comme je vous le dis... Et voyez donc désormais quelle existence , quel bonheur sera le nôtre... Nous nous délasserons des affaires publiques en parlant de nos chagrins ;... ce sera délicieux... Moi qui redoutais l'heure du conseil , je la verrai arriver maintenant avec plaisir.