SCÈNE V
NEUBOROUG, WALPOLE,lN iiiissier de la chambre du roi. l'huissier , présenlanl uu papier cacheté.
De la part du roi , milord.
(Il salue et sort, )
WALPOLE
0 ciel !
NEIBOROUG.
Qu'y a-t-il donc?...
WALPOLE , essayant de sourire.
Rien ! C'est celte ordonnance dont je te parlais...
NlirBOROUG , lui prenant la main.
Qu'as-tu donc? ... est-ce que tu te trouves laal?
WALPOLE
Non, naon ami,... ce n'est rien.
NELBOROUG.
Si vraiment... Je te sens là une sueur froide !...
WALPOLE
Que veux-tu?... Jusqu'à ce moment j'avais cru que nous l'emporterions,... que je pourrais servirun ami,... et on ne voit pas sans quelque émotion détruire ainsi foutes ses espérances !
NEIBOROLG.
Mon ami,... mon cher Robert, ne te faispasde peine,... vrai! me voilà tout résigné!... Ce n'était pas pour moi,... c'était pour ma lille ;... et je suis philosophe !... Mais toi tu sers tes amis trop vivement... (Lui secouant la main.) Allons,... allons,... du courage. Je vais retrouver ma fille... (A part, regardant Walpole.) Et moi qui hier encore doutais de son affection!... J'étais un ingrat... (A part, en sortant.) Ah ! je n'aurais jamais cru qu'il m'aimât à ce point-là.
(Il sort par la porte du fond. )
WALPOLE , seul , s'asseyant près de la table.
Oui, c'est bien cela... Lord Henri. ..premier ministre!. ..voilà l'ordonnance qui le nomme,... ( prenant la plume) et quand je l'aurai contre-signée , je neserai plus rien!... il aura pris ma place!... (Jetant la plume.) Et SI je la redemandais Celle place!... si je disais
au roi : C'est mon bien, elle m'appartient, rendez-la-moi;... car nulaumondene pouvait me renverser;... et c'est moi,. ..moi-même qui me déshérite , qui me ravis le fruit de trente années de travaux et de peines... Ce ne doit pas être,... ça n'est pas juste!. ..Le roi le
saura,... je cours le lui dire... (il se lève, fait quelques pas , cl s'arrête )
et me couvrir de ridicule, m'exposer à toutes les railleries,... et , qui plus est, à un refus peut-être... Car maintenant, engoué comme il l'est de mon neveu , il le préfère à tout , rien ne pourra l'en détacher... Et puis , les Sunderland ne sont-ils pas là qui poussent à ma ruine, dont ils se disputent les débris?... Et si le roi refuse, ce n'est plus une démission,... c'est une disgrâce, un exil,... un renvoi!... Ah! (Se remeltaiit à la table, et reprenant la plume. ) Allons,... il le
faut,... il faut se résigner!... il faut subir son sort!... Est-il donc si terrible après tout ? Vingt fois dans ma vie n'ai-je pas désiré ce qui m'arrive aujourd'hui.' Ne l'ai je pas demandé moi-même ?.,, et le repos , après tant d'orages, est-il donc sans douceur et sans charmes?... Allons,... signons !...(!! approche la plume du papier, et s'arrête.) Signer son propre arrêt!... signer la réputation, la gloire d'un rival! et faire un ministre de ce favori qui m'a déjà enlevé la faveur du mailre!.,. Non,... non ! je ne veux pas écrire... Ma main s'y refuse et se roidit ,... mes nerfs se briseraient... (Jetant la plume.) C'est impossible!... J'en mourrais plutôt!... Je le hais! je le déteste!... Tout autre au monde , pourvu que ce ne soit pas lui !