‹ Œuvres choisies (volume 2)Chapitre 272 sur 535 · ACTE I, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE VI

EDMOND

Ils VOUS auraient permis cependant de recevoir ma voix...

M. DE MONTLDCAR.

Mais non de vous donner la mienne... Cela me ferait du tort dans mon parti et auprès de mes amis politiques ;... j'aurais l'air de changer de nuance, ce que je ne ferai jamais. Hier encore, vous avezplaidé pour mademoiselle de Miremont, qui tient à la nouvelle noblesse, la noblesse de l'Empire, et vous avez gagné un procès contre une des plus anciennes familles de France! une grande dame du faubourg Saint-Germain...

EDMOND

Si la grande dame avait tort...

M. DE MONTLUCAR.

Ce n'est pas de cela qu'il s'agit aujourd'hui...

EDMOND

Si j'ai pu dans cette cause montrer quelque talent...

M. DE MONTUCAR.

Je ne mets pas cela en doute ; mais, je vous l'avoue, je viens de lire l'article du journal qui rend compte de votre plaidoyer,.., et franchement je vous conseille, comme votre ami,... de ne pas vous mettre sur les rangs en ce moment... L'opinion ne vous serait pas favorable.

EDMOND, cherchant à modérer sa colère.

Vous croyez!... Mais la vôtre, à vous, monsieur, votre opinion ne se règle pas sur celle du journal ;... vous en avez une à vous, qui vous appartient...

M. DE MONTLl'CAR.

Certainement...

EDMOND

Vous n'éles pas obligé d'attendre qu'on vous apporte chaque matin votre conscience de la journée...

M. DE MONTLUCAR,

Monsieur!...

EDMOND

Eh bien! vous avez eu recours à moi, vous êtes venu me trouver pour une importante affaire qui n'était ni sans périls ni sans difficultés; qui demandait des soins, des travaux,... quelque mérite peut-éire... J'ai réussi,... réussi sous vos yeux... Et le jour où j'ai gagné votre procès,... vous raeserriezles mains,.- vous m'embras-

siez! j'avais du talent alors!... Eh bien! j'en appelle aujourd'hui, non à voire reconnaissance, vous m'avez donné de l'or, vous croyez m'avoir payé ; mais j'en appelle à votre conscience, à votre honneur :...cejour-làm'auriez-vous donné votre voix? répondez, répondez!

M. DE MONTLUCAR.

Eh bien!... oui...

EDMONn.

Et vous me la refusez aujourd'hui, parce que votre journal ne vous le permet pas!... vous monsieur, qui savez que je l'ai méri' tée, qui me l'avouez,... qui en convenez avec moi!... M. DE MONTLUCAR, avec embarras.

Certainement... je sais, mon cher ami,... que vous n'êtes pas sans mérite, el je le dirai tout haut,... je le crierai toujours,... entre nous!... mais il y a des situations qu'il faut comprendre : et si vous étiez à ma place, vous seriez aussi embarrassé que moi... Ce journal est de mes amis,... il me veut du bien,... je n'ai jamais rien fait pour cela;... mais, à tort ou à raison, il m'a toujours bien traité,... et je n'irai pas me mettre en opposition avec lui, protéger hautement les gens qu'il attaque,... pour m'exposer moi-même à élre attaqué,... moi qui ne suis pour rien là-dedans, moi qui par ma position suis libre et indépendant !

EDMOND

Indépendant!... et vous tremblez devant un article de journal! Indépendant!... et vous n'avez pas même le courage d'être de votre opinion !

M. DE MONTLUCAR , fièremeut.

Monsieur!... j'ai du moins une règle de conduite que je vais vous dire, et dont je ne m'écarterai pas :... c'est de n'êire d'aucune intrigue, d'aucune coterip,d'arriver par moi-même et non par les autres, de n'aller solliciter les suffrages de personne, et surtout de ne point vouloir contraindre les gens à me donner leur voix quand ils me la refusent.

EDMOND, avec colère.

Monsieur!...

( M. de Monllucar salue Edmond, et rentre dans l'appartement à gauche. )

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