‹ Œuvres choisies (volume 2)Chapitre 29 sur 535 · ACTE II, SCÈXE Yir · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈXE Yir

merciercz un jour, en m'estimant davantage. (En riaut.) D'ailleurs, êtes-vous de ces gens défiants et soupçonneux à qui il faut toujours des écrits? Que vous aurait appris cette lettre? que je vous aimais... Eh bien, monsieur ! je vous le dis : ma parole vaut bien ma signature.

POLIGNI fait un geste pour se jeter à ses pieds; il s'arrête, et reprend froidement :

Maintenant, oui, sans doute ; mais convenez qu'alors d'autres soins, d'autres hommages...

MADAME DE BRIENNE, le lézardant en souriant.

Eh mais ! voilà un défaut que je ne vous connaissais pas? Seriez-vous jaloux, par hasard?

rotiGNi.

Moi!

MADAME DE BRIENNE

Ah ! ne vous en défendez pas ; j'aime tous vos défauts pour que vous aimiez les miens. Mais calmez-vous : pendant ces trois années, je vous le jure, pas la moindre coquetterie, pas une seule déclaration. C'est comme je vous le dis! cela même m'effrayait... pour vous, et je craignais... Dans ce moment seulement vos yeux me rassurent un peu, et puisque vous vous taisez, puisque vous ne m'accusez plus, c'est à moi de le faire, c'est à moi de vous apprendre tous mes torts. Oui, monsieur, lorsque tout devait nous séparer, le temps, la distance, et plus encore, le devoir,... eh bien! je ne vous ai pas quitté d'un moment : partout mes souvenirs vous suivaient. Ces lettres mêmes que vous réclamiez, je ne suis pas bien sure de ne pas les avoir écrites,... (vivement) mais vous ne les verrez jamais ! Et quand il était question de ma patrie, quand mon mari lui-même me parlait de la France, c'était à vous que je pensais. N'était-ce pas bien mal? n'était-ce pas horrible? Voilà, monsieur, voilà des torts véritables, et ceux-là cependant vous ne me les reprochez pas !

POLIGNI.

Ah ! je n'en ai plus la force, je n'en ai plus le courage ! C'est à moi maintenant à me justifier à vos yeux. Oui, je vous aime, et plus que jamais.

MADAME DE BRIENiSE.

A la bonne heure au moins! Pas un mot de plus,... celui-là suffit; tout est pardonné...

30 LE MARIAGt: D'ARGENT.

POLIGNI.

Ah! tant de vertus, tant d'amour, méritaient un meilleur sort; et si vous saviez celui que je veux vous offrir! il est si peu digne de vous ! Voilà la cause de mes tourments, voilà ce qui me rend le plus malheureux des hommes.

MADAME DE BUIENNE, souriant.

Il serait possible! Un autre défaut encore : vous avez de l'ambition.

POLIGNI.

Oui, j'avais celle de vous rendre heureuse; il est si doux d'enri-' chir ce qu'on aime! Mais vous voir éclipsée par des femmes orgueilleuses, qui sont si loin de vous, et qui ne vous valent pas! c'est là ce qui me froisse et m'humilie. Mon bonheur eût été de prévenir tous vos vœux, de voler au-devant de vos moindres désirs ; au lieu de cela, lorsque je verrai vos yeux attachés sur quelques brillantes parures, je serai donc obligé de vous dire : Ne les regardez pas ; je ne puis vous les donner.

MADAME DE BRIENNE

Eh bien, mon ami ! je ne les regarderai pas ; je ne regarderai que vous. Ces parures dont vous me parlez, certainement je les aimerais assez, c'est si naturel! quelle est la femme qui n'y lient pas un peu? Moi, j'y tiendrais pour vous plaire ; et si je vous plais sans cela, qu'aurais-je à regretter? Quand nous verrons passer des femmes élégantes dans un riche équipage, je serai modestement à pied, il est vrai, mais je serai près de vous , je m'a|)puierai sur votre bras; et si elles pouvaient lire dans mon cœur, ce seraient elles peut-être qui me porteraient envie.

POLlGNI.

Chère Amélie !

MADAME DE BRIENNE

Quand on s'aime, les privations coûtent si peu! elles deviennent des plaisirs: et si vous n'avez pas d'autres tourments, j'espère vous prouver que votre chagrin n'a pas le sens commun. Monsieur de Brienne m'a bien laissé par testament tout ce qu'il pouvait posséder ; mais la succession réglée, il ne reste rien que ma dot ; trois ou quatre mille livres de rentes en fonds de terre, voilà ma fortune. Et la vôtre?

POLIG?.!.

Ilélas ! à peu près sept ou huit mille francs sur l'État,

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