ACTE III , SCÈNE VI
CKS.VIU.NE.
Je le crois bien, cela nous est arrivé tant de fois!.,, et c'était si naturel , avec les projets que nos parents avaient sur nous !
Ça c'est vrai.
M. DE MIREMONT , lia peu inquiet.
Quoi donc ?
CliSARINE.
Entre cousin et cousine, c'est toujours ainsi,... des idées de mariage!... Ces idées-là passent, mais l'amitié reste, le sentiment ne vieillit pas ; et plus tard , quand on se retrouve,... c'est une si douce chose d'èlre utile à l'ami de son enfance , de contribuer à son avancement... Vous le savez, monsieur, c'est mon unique pensée.
BERNARDET, à part, avec étonnement.
Qu'est-ce qu'elle a donc ?
CÉSARINE
11 n'y a pas de jour que je ne vous parle de lui !
M. DE MIREMONT , d'ua air soupçonneux.
En effet.
OSCAR
Que de bontés !
césa'rine.
Ce malin encore tout le bien que je vous en ai dit...
OSCAR , h Zoé.
Cette chère Césarine ! . . .
M. DE MIREMONT , avec une jalousie plus marquée.
C'est vrai ; vous y avez mis un redoublement de zèle et de chaleur.
CiSARINE.
Etsavez-vous pourquoi?... c'est une folie,... un enfantillage :... j'avais rêvé,... (d'un air tendre.) Oui, Oscar, j'avais rêvé devons,... rêvé que nos soins étaient inuliles,... qu'un autre l'emportait,... que vous n'éliez pas nommé;... j'étaisdésespérée,...cela me faisait un chagrin que je ne puis vous rendre. BERNARDET , à M, de Mireraont, et cherchant à changer la conversation.
Je crois que voici l'heure.
M. DE MIREMONT, se levant avec humeur.
Laissez-moi donc !
CF.SARINE
.Mais , glace au ciel ! mes pressentiments ne se réaliseront pas.
• M. DE MlREMONT, d'un air préoccupé.
Peut-être bien !
CÉSARINE
Non, monsieur 1 vous voulez en vain m'ef frayer,... nous avons déjà un premier succès , et , grâce à vous, nous allons en avoir un second?... Vous me le promettez!... vous ne négligerez rien pour cela, n'est-il pas vrai?... Tous ces gens-là dépendent de vous , et en leur parlant d'Oscar avec entraineraent , avec chaleur , ils verront l'importance que vous y attachez ; ils verront que vous vous y intéressez autant que moi !
LE DOMESTIQUE , entrant.
Les chevaux sont rais.
CÉSARINE , tendrement.
Adieu, Oscar. (\ M. de Miremont.) Allez, mon ami,... partez vite.
Non , madame , je n'irai pas !
CÉSARINE , alïectant une grande surprise.
0 ciel! et pourquoi donc?
M. DE MIREMONT
Pourquoi?... vous me le demandez?
CÉSARINE, naïvemeut.
Eh oui , sans doute !
M. DE MIUEMONT, avec une colère conccnlrce,
.l'y vois plus clair que vous ne croyez !... On se trahit souvent sans le vouloir , madame ! . . .
CÉSARINE, feignant l'étonncment.
Qu'y a-t-il? que voulez-vous dire?
M. DE MIREMONT, do mûuie ct à demi-voix.
11 est des choses que l'on voudrait en vain me cacher;... il me sut'lit à moi d'un mot, d'un regard pour tout découvrir!
CÉSARINE, jouant l'indignation.
Qu'est-ce que cela signitie?... quelles pensées pouvez-vous avoir?... Je vous prie de vous expliquer!
M. DE MIKEMONT, à voix basse ct avec colère.
Non, madame, je ne dirai rien;... mais j'examinerai désormais, j'observerai; et si j'ai deviné juste,... tremblez! ( Au domestique. ) Que l'on dételle,... je resterai.