ACTE I, SCÈNE II
MASHAItl.
Comment cela?
BOLINC.BROKE, tie mOme,
C'est que ce protecteur inconnu est une protectrice.
MASIIAM.
Quelle idée !
BOLINCBROKE.
Quelque grande dame, qui vous porte intérêt...
MASIIAM.
Non , monsieur ,... non , cela n'est pas possible !
KOLINGBROKE.
Qu'y aurait-il d'étonnant?... La reine Anne, notre charmante souveraine, est une personne fort respectable, et fort sage , qui s'ennuie royalement,... je veux dire autant que possible!... mais à sa cour, on s'amuse beaucoup !... toutes nos ladys ont de petits protégés, de jeunes ofdciers fort aimables, qui, sans quitter le palais de Saint-.Iames , arrivent à des grades supérieurs.
MASIIAM.
Monsieur!...
BOLINGBROKE
Fortune d'autant plus flatteuse qu'elle n'est due qu'au mérite personnel.
Ah! c'est une indignité,... et si je savais...
BOLINGBROKE , allant s'asseoir près de la table à gauche.
Après cela,... je peux me tromper;' et si réellement c'est quelque grand seigneur ami de votre père,... laissez venir les événements, laissez-vous faire ! Ah ! si on vous ordonnait de vous marier,,., je ne dis pas;... mais on vous le défend :... il est clair que ce n'est pas un ennemi,... au contraire,... et lui obéir n'est pas si difficile...
MASIIAM , debout près du fauteuil où est assis Bolin^bi'oke.
Mais si vraiment,.., quand on aime quelqu'un ,... quand on est aimé...
BOLINGBROKE
J'y suis !... l'objet de vos rêves! la personne à qui vous pensiez tout à l'heure en dormant.'
MVStlAM.
Oui , monsieur;... la plus aimable, la plus jolie fille de Londres, qui n'a rien,... ni moi non plus,... et c'est pour elle que je dc.sirc les honneurs et la richesse;... j'allends, pour l'épouser, que j'aie fait fortune.
BOLINGBROKE
Vous n'êtes pas encore très-avancé ;... et elle de son côté?
MASHAM.
Bien moins encore!... orpheline comme moi, demoiselle de boutique dans la Cité, chez un riche joailher,... maître Tomwood...
EOLINGBROKE.
Ah , mon Dieu !
Qui vient de faire banqueroute ;... elle se trouve sans place et sans ressource.
BOLINGBROKE , se levant.
C'est la petite Abigaïl...
MASHAM.
Vous la connaissez ?
BOLINGBROKE
jParbleu , du vivant de ma femme ,... je yeux dire quand elle vivait près de moi,... j'étais un abonné assidu des magasins de Tomwood;... ma femme aimait beaucoup les diamants, et moi, la bijoutière... Vous aviez raison, Masham, une fille charmante; naïve , gracieuse , spirituelle. . .
MASHAM.
Eh! mais, à la manière dont vous en parlez,... est-ce que vous en auriez été amoureux.!*...
BOLINGBROKE
^ Pendant huit jours ! et peut-être plus ! si je n'avais pas* vu que je perdais mon temps,... et je n'en ai pas à perdre!... maintenant surtout... Mais j'ai gardé à cette jeune iille... une amitié véritable ; et voici la première fois que j'éprouve un regret ,... non d'avoir perdu ma fortune, mais de l'avoir si mal employée :... je serais venu h votre aide,... je vous aurais mariés... Mais pour le présent, des dettes, des créanciers qui sortent de dessous terre;... et pour l'avenir pas même l'espérance :... les biens de ma famille reviennent tous à Richard Boliiigbroke , mon cousin , qui n'a pas envie de mêles laisser;... car, par malheur, il est jeune, et, comme tous les sols , il se porte à merveille... Mais nous pourrions peutêtre , à la cour,... chercher pour Abigaïl...
MASIIAM.
C'est ce que je disais;... une place de demoiselle de compagnie, près de quelque grande dame qui ne soit ni impérieuse ni hautaine...