ACTE II, SCÈNE II
LA DlClIESSE.
A cela seul,... je le devine!... c'est M. de Saiut-Jeaii.
L\ ueim:, iioublcc.
Je ne dis pas que..;
LA DlClIESSE , Aivcment,
C'est lui , madame, j'en suis sûre...
LA KEINE
Eh bien ! oui,... c'est la vérilé !
LA DUCHESSE, avec nue colère qu'elle s'efforce de contenir.
Ah ! je comprends que nos ennemis remportent , puisque notre reine nous livre à eux , au moment où nous combattons pour elle... Oui j madame, aujourd'hui même a clé pn'senté au parle^. mentlebill qui rappelle en Angleterre le prince Edouard, voti'Ç. frère, et qui le déclare après vous l'héritier du trône. Ce bill , qui déjà soulève la répugnance de la nation et les murmures du peuple, c'est nous qui le soutenons contre Henri de Saint-Jean et le parti de l'opposition, au risque d'y perdre notre popularité , et plus tard notre pouvoir. Voilà ce que nous faisons pour notre souveraine ; et elle , loin de nous seconder , entretient pendant ce temps des correspondances secrètes avec nos adversaires déclarés; et c'est pour eux enfin qu'elle nous abandonne et nous trahit...
LA REINE , à part , avec impatience.
Encore une scène de plaintes et de jalousie!... en voilà pour toute la journée, (liant. ) Eh non, duchesse!... tout cela n'existe que dans votre imagination , qui dénature et exagère tout. Cette correspondance n'a rien de politique, et ce qu'elle renferme est d'une nature telle...
L\ DICHESSE.
QucVotre Majesté craint de mêla montrer.-.
LA REINE, avec i.-npalience.
Par égard pour vous , ( la lui donnant ) car elle contient des faits que vous ne pouvez nier.
LA DlClIESSE , parcourant la lettre.
N'est-ce que cela.^ l'attaque est peu redoutable.
Ne vous ùles-vous pas opposée à l'admission d'Abigaïl ?
LA DlClIESSE.
Et c'est ce que je ferai encore de tout mon crédit auprès de Voire Majesté.
$3a LE VERRE D'EAU.
L4 REINE
Il n'est donc pas vrai , comme on l'assure , qu'elle est votre cousine ?...
LA DUCHESSE
Si, madame,... j'en conviens , je l'avoue hautement ; c'est pour cela même que je n'ai point voulu la placer auprès de vous. On m'accuse depuis si longtemps, moi surintendante de votre maison, de donner tous les emplois à mes amis, à mes parents, à mes créatures ; de n'entourer Votre Majesté que de ma famille ou de gens à ma dévotion : nommer Abigaïl serait donner contre moi un prétexte de plus à la calomnie ; et Votre Majesté est trop juste et trop généreuse pour ne pas me comprendre.
hS. REINE , avec embarras el à moitié convaincue.
Oui; certainement,... je comprends bien,... mais j'aurais voulu cependant que cette pauvre Abigaïl...
LA DUCHESSE
Ah! soyez tranquille sur son sort ;... je lui trouverai loin de vous, loin de Londres , une position brillante et honorable. C'est ma cousine , c'est ma parente.
LA REINE
A la bonne heure...
LA DUCHESSE
Et puis d'ailleurs , l'intérêt que Votre Majesté daigne lui porter... Je suis si heureuse quand je puis prévenir ou deviner ses intentions... C'est comme ce jeune homme,... cet enseigne dans les gardes, que l'autre jour Votre Majesté avait eu l'air de me recommander.
LA REINE
Moi?... qui donc .^
LA DUCHESSE
Le petit Masham , dont elle m'avait fait l'éloge.
LA REINE , avec un peu d' cmolion.
Oui , c'est vrai , un jeune militaire , qui tous les malins me lit le Journal des modes.
LA DUCHESSE
J'ai trouvé moyen de le faire passer officier aux gardes. Une occasion admirable, dont personne ne se doutait, pas môme le xnaréchal,... qui a signé presque sans le savoir;... et ce matin le nouveau capitaine viendra remercier Votre Majesté.