ACTE V, SCÈNE II. i
BOLIiNCBROKE.
Qu'il fallait donner,
ABIGAÏL
Est-ce que je m'y connais?
BOLINGBROKC.
Qu'importe ?... demandez h la moitié des conseillers de la couronne!... Enfin, qu'est-il arrivé?
ABIGAÏL
La reine hésitait encore , lorsque lady Abercrombie lui a parlé à voix basse...
KOLINGBROKE.
Qu'a-t-elle pu lui dire?
ABIGAÏL
Je l'ignore!... .l'étais bien près cependant,... et je n'ai rien entendu qu'un nom,... celui de lord Evendale,... et celui de Masliam!... (Vivemeut.) Oh! cclui-là , j'en suis sûre... Et la reine, jusque-là froide et sévère , a dit , d'un air de bonté : N'en parlons plus , qu'elle vienne ! je la reverrai.
BOLINCBROKF. , avec colère.
La duchesse! rentrer dans ce palais, dont je la croyais pour jamais bannie!...
ABIGAÏL
Et dans mon trouble, tout ce qui m'est venu à l'idée a été de vous écrire sur-le-champ : Venez! pour vous apprendre ce qui se passait et ce qui a été convenu.
BOLIiNGBROKE.
Avec qui?
abica'ïl.
Entre la reine et ces messieurs, au sujet de cette réconciliation.
KOLINGBROKE, avec impatience.
Eh bien !
ABIGAÏL
Eh bien !... il a été convenu que la duchesse , qui a donné hier sa démission de surintendante , viendra aujourd'hui remettre à la reine sa clef des petits appartements. (Montrant la porte à droite.) Cette clef qui lui permettait d'entrer chez la reine à toute heure , et sans être vue!...
BOLINGBIIOKE, avec impatienre.
Je le sais.
ABIGAÏL
La reine refusera de la reprenilre ; la duchesse alors voudra tomber aux pieds de Sa Majesté, qui la relèvera;... et elles s'embrasseront , et le bill passera, et le marquis de Torcy, aujourd'hui même...
BOLl.NGBROKE.
0 faiblesse de femme et de reine !... et au moment où nous tenions la victoire!
ABICAÏL.
Y renoncer à jamais !
BOLINGBROKE
Non,... non , la fortune et moi nous nous connaissons trop bien pour nous quitter ainsi ! ... Je l'ai narguée si souvent qu'elle me le rend parfois,... mais elle me revient toujours!... Cette réconciliation,... cette entrevue,... à quel moment.^
ABIGAÏL
Dans une demi-heure !
EOLI.NGBROkE.
Il faut que je parle à la reine !...
ABIGAÏL
Elle est renfermée avec les ministres, qui viennent d'arriver.. C'est pour cela qu'on m'a renvoyée.
BOLINGBROKE, se frappant la tète.
Mon Dieu !... mon Dieu , que faire?... Il faut pourtant que je la voie , que je sache comment s'est tout à coup éteinte cette haine attisée par moi , et qu'à tout prix je rallumerai ! Mais pour tout cela une demi-heure!...
ABIGAÏL, lui monltanl la porte du l'uiid, à gaucbc, qui s'ouvre.
Quel bonheur!... c'est la reine!
BOLINGBROKE, respirant.
Je savais bien qu'entre la fortune et moi le dernier mot n'était pas dit... Laissez-nous, Abigaïl, laissez-nous... Veillez à l'arrivée do la duchesse, et quand elle paraîtra, venez nous avertir!..;
ABIGAÏL
Oui , milord!... Que Dieu le protège !...
( Abigaïl sort par la porte du fond, à droite.)
ACTt; V , SCÈNE 111. 597