ACTE IV, SCÈA'E VI
un mariage d'argent!... Non, plutôt mourir que de rougir à ses
yeux Il ne me reste plus qu'un moyen, et j'y suis résolu
Dieu! c'est elle!...
MABAMF, DE BRU^NNE, à part, le regardant.
11 hésite, il n'ose m'aborder... Élise a raison, il est trop malheureux! Allons à son secours. (Timidement.) Poligni!...
POLIGNI, troublé et clicrcliant à se remettre.
Ah ! c'est vous, madame !
MADAME DE BRIENNE
Oui, monsieur, c'est moi qui ai à me plaindre de vous, et c'est pour cela que je fais les premiers pas.
( Après un instant de silence allant à lui et lui tendant la main. )
Mon ami, croyez-vous encore que je sois coupable?
POLIGNI.
IMoi , conserver une pareille idée ! ah ! je ne me pardonnerai jamais d'avoir pu vous soupçonner un instant... Je sais tout : madame Dorbeval m'a tout appris.
MADAME DE BRIENNE , avec douleur.
Quoi, monsieur! il vous a fallu son témoignage? ce n'est pas de vous-même? Et cet entretien que vous m'avez demandé?...
POLIGNI.
Il était nécessaire pour un aveu que depuis ce matin je n'ose vous faire, et qu'il ne m'est plus permis de différer.
MADAME DE ERIENNE.
Qu'est-ce donc? vous me faites frémir. Achevez...
POLIGNI, à part.
Allons ! pour mon honneur, ayons le courage de la tromper,
Eh bien !
POLIGNI.
Eh bien ! ce matin à votre arrivée, mon trouble, mon embarras, ces combats intérieurs, ces tourments que je n'ai pu vous cacher, tout doit vous dire assez qu'en proie aux regrets et aux remords, m'accusant moi-même, je lutte en vain contre un sentiment qu'il n'a été en mon pouvoir ni d'empêcher ni de vaincre.
MADAME DE BRIENNE
0 ciel! vous en aimez une autre!
POLIGNI, hésitant.
Oui, madame.'
MADAME DE BRIENNE, prùte à se trouver mal. Ah! je me meurs!
POLIGNI, courant à elle pour la soutenir.
Amélie !
M.VDAME DE BRIENNE , revenant à elle.
Qu'rivez-vous? Je ne me plains pas, je ne vous en veux pas; est-ce moi qui vous accuse?
POLIGNI.
Ah ! c'est moi-même, c'est mon propre cœur qui vous chérit encore plus que je n'ose le dire !
MADAME DE BRIENNE
Je le crois,... (avec tendresse) moi, je VOUS aimais tant! (FroiJeraeut. ) Mais pendant mon absence, une autre a su vous plaire, cela ne dépendait pas de vous; vous n'avez pas voulu me tromper, vous avez agi en honnête homme, et je vous en remercie. POLIGNI, prêt à se trahir.
Ah ! si vous saviez !
MADAME DE BRIENNE
Plus tard peut-être je pourrai vous entendre ; mais dans ce moment, je ne veux rien savoir,... rien... que son nom; par pitié, diles-le moi.
POLIGNI.
C'est une personne.... qu'ici même, je crois, vous avez déjà vue : la pupille de Dorbeval.
MADAME DE BRIENNE
0 ciel ! c'est Hermance! Un pareil choix... Pardon, j'ai tellement l'habitude de m'occuper de vous, qu'il me semble que votre bonheur m'appartient encore, et je pensais que son caraclère...
POLIGNI.
11 se peut, en effet, que son caractère ;... mais je l'aime.
MADAME DE BRIENNE
Ah! vous dites vrai, voilà qui répond à tout! On ne raisonne pas avec son cœur, et ce malin encore, pour vous, j'ai rendu bien malheureux un honnête homme qui, plus que vous, méritait mon amour. Pauvre Olivier! le voilà vengé de mon injustice! Mais je ne croyais pas que ce fût à vous de m'en punir.
POLIGNI.
Amélie !
MADAME DE BRIENNE
Épousez-la, soyez heureux ! Et surtout que mes chagrins ne