‹ Œuvres choisiesChapitre 105 sur 446 · EDOUARD, DE JORDY · texte numérisé non relu

EDOUARD, DE JORDY

EDOUARD

Impossible de la rejoindre; elle s'est enfermée chez elle , et je ne puis dire ce que j'éprouve. Ce baiser de toul à l'heure... et ma marraine elle-même qui semblait tout émue... Dieu ! si elle avait pu encore m'insuller ! Vrai, ça rendrait mauvaise tête; et j'ai envie maintenant de lui chercher querelle. (Apercevant de Joidy.) Ah, monsieur de Jordy!...

DE JOlîDY.

Approche, Edouard, nous avons à causer ensemble, j'ai à le parler.

EDOUARD

Dans un instant , si cela vous est égal.

DE JORDY

Non , vraiment : c'est de la part de madame de Néris.

EDOUARD, vivement.

De ma marraine? Parlez vile; et au fait, je me le rappelle : elle m'a dit que vous étiez chargé de m'e.xpliquer ses intentions.

DE JORDV.

Elle ne l'a rien dit de plus ?

EDOUARD

Non , vraiment.

DE JORDY , à part.

A merveille ! elle ne lui a pas encore parlé de mon refus. (Haut.) Eh bien , mon ami, ta marraine songe à ton avenir, à ton état.

Je le sais.

DE JORDY

Et même à ton établissement.

EDOUARD

Pour cela, rien ne presse. A mon âge et sans fortune, qui estce qui voudrait de moi?

DE JORDY

Pourquoi donc? tu as des dis|)osilions.

EDOUARD

Vous êtes bien bon.

DE JORDY

Tu es jeune, tu es aimable.

f SCENE IX. 115

EDOUARD

Du tout.

DE JORDY , avec impalience.

Je te dis que lu es aimable , je le sais raieus. que toi ; et d'ailleurs, je ne suis pas le seul qui s'en soit aperçu , il est ici une autre personne encore...

EDOUARD, vivement.

Vraiment! et qui donc.^

DE JORDY

Tu ne devines pas.^ Cette demoiselle que ce matin tu poursuivais si vivement , Cécile , ma sœur.

Grand Dieu !

BE JORDY

.Te crois même... ( à pari) car il p.irait que c'est son système avec tout le monde , ( haut ) , je crois même que tu l'as embrassée.

EDOUARD

Quoi! vous sauriez...

DE JOKDY.

Et ta marraine le sait aussi.

EDOUARD

C'est fait de moi.

Dt .JORDY.

Rassure-toi, elle n'est pas fâchée, au coniraire ; car depuis longtemps son intention était de vous marier ensemble ; et voici même deux mots qu'elle m'écrivait encore ce malin à ce sujet. ( Il lui remet la lettre de madame de Néris : Edouard la lit. ) Tu Vois par là qu'elle entend , qu'elle exige que ce mariage se fasse sur-le-champ ; elle y attache la plus grande importance; enfin, elle le veut comme tout ce qu'elle veut.

EDOUARD

0 ciel ! pourquoi donc se hâter ainsi?

DE JOUDY.

Je l'ignore ; mais je crois qu'elle a pour elle-même quelque idée, quelque projet de mariage, et qu'elle veut , avant tout, s'occuper du tien et assurer ton bonheur. ( Edouard lui read la kure. ) Moi, d'abord, je ne peux m'y opposer; je suis trop dévoué à ses volontés. Et toi , mon cher, tu lui dois trop de déférence , trop de respect , trop de reconnaissance ; mais Ion propre cœur t'en dira làdessus plus que je ne pourrais faire. Je le laisse : je vais rendre compte à madame de Néris de mon empressement à exécuter ses ordres et de la soumission avec laquelle tu les as reçus.

116 LA MARRALNE.

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