‹ Œuvres choisiesChapitre 136 sur 446 · SCÈNE Vlir · texte numérisé non relu

SCÈNE Vlir

ministrateur ! et s'il y avait une justice au monde, il y a longtemps qu'il serait receveur.

M. DE BERLAC.

Comment cela ?

MADAME PRESTO

Il en a exerce les fonctions en secret, pour un homme nul et sans talents, qui en avait le titre et les appointements, tandis que lui en remplissait la place, avec un zèle, une intégrité. C'est celte place de receveur particulier qui est maintenant vacante.

M. DE BERLAC.

Que me dites-vous là?

M. DE iNOiRMONT, bas, à madame Presto.

Y pensez-vous ! cette place que j'ai en vue pour mon gendre !

MADAME PRESTO

Kcoutez donc, j'ai aussi une fille à marier,

M. DE BERLAC.

Voilà qui n'est pas juste, et la justice avant tout ; il aura la place. Son nom ?

MADAME PRESTO

M. Dufour, commissaire au Mont-de Piété. (Bas, à Dufour.) Vous avez voire place.

M. DE NOIR MONT, bas.

Madame Presto , voilà qui est bien peu délicat.

MADAME PRESTO, de mcme.

La famille avant tout.

M. DE NOIRMONT , à part.

.le vois bien qu'il faut que je me soigne moi-même. ( Haut.) Madame Presto, a-t-on apporté les exemplaires de mon dernier ouvrage ?

M. DE BERLAC.

lîn ouvrage ! qu'est-ce que c'est? et de qui:'

MADAME PRESTO

DeM.de Noirmont.

M. DE NOIRMONT

.4llez donc, allez donc.

MADAME PRESTO

Un homme très-capable, et qui joint aux plus grands talents le plus beau caractère. Il a été inspecteur général pendant vingt ans, et a donné sa démission pour cause d'économie publique.

M. DE BERLAC.

Il serait possible !

152 LA MAiNIE DES PLACES.

MADAME PRESTO

M. de Noirmont ! c'est connu, tout le moiulo vous le dira.

M. DE BERI.AC , sc levant de table.

Une injustice à réparer! c'est mon affaire, c'est mon état. ( Allant à M, de iNuirmont.) Mon ami, j'ai besoin dans mon ministère d'un secrétaire général. Touchez là, je vous nomme. Voilà comme je suis; c'est toujours cela en attendant mieux.

M. DE NOIRMOM-.

Ah, monseigneur! une pareille faveur...

DlFOlR , à madame Presto.

Monseigneur ! que dit-il ?

M. DE NOIRMONT

C'est le ministre lui-même.

JIXIETTE.

Un ministre dans la maison! moi qui n'en ai jamais vu.

MADAME PRESTO

Ah , monseigneur 1 votre excellence me pardounera-t-elle la liberté , la familiarité avec laquelle je vous ai parlé? Moi, d'abord, je dis tout ce que je pense.

M. DE BERLAC.

Il n'y a pas de mal. Qu'ils sont doux, qu'ils sont inappréciables les avantages de l'incognito 1 Un ministre doit tout entendre et tout voir par lui-même ; c'est le seul moyen de connaître la vérité et de faire des choix estimables. M. Presto sera cuisinier du ministère, M. Dufour receveur des finances, et M. de Noirmont secrétaire général,

TOIS , s'inclinant.

Ah , monseigneur !

M. DE BERLAC.

C'est bon ; je n'exige rien, que votre estime, votre amitié, et une prise de tabac. En usez-vous ?

DUFOUR, lui donnant une tabatière d'or.

En voici , monseigneur.

M. DE BERLAC, prenant la tabatière.

C'est bien, (il prend une prise, et dit en rêvant : ) Je Suis fâché

d'être ministre, àprésent; si je n'étais pas ministre, je me serais fait nommer directeur général des droits réimis.

M. DE .NOIRMONT, s'approcliant.

Y pensez-vous ?

M. DE BERL.AO, froidement.

C'est agréable, on a toujours du bon tabac.

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