SCÈNE X
M. DE NOIRMONT; GEORGL^S, au fond.
M. DE NOIRMONT sort de la chambre de M. de Beilac; il tient un [Lipier à la ruain, et il a un portefeuille sous le bras.
La note e&t recopiée, et pour une entrée au ministère il est impossible de voir une profession de foi plus positive, et des intentions mieux prononcées ; il en arrivera ce qui pourra. — Et le journal ministériel, auquel il faut l'envoyer; il n'y a pas un instant à perdre. Maintenant ça m'est égal ; je liens la faveur, je la tiens et je m'y cramponne.
GEORGES, avec com])as5ion.
C'est un accès qui commence.
M. DE NOIR.MOM.
Us me croyaient perdu; mais me voilà, je reviens, je rentre dans la carrière, prêt aies écraser tous; et mallieur à qui se trouvera sur mou passage.
GEORGES, à part.
Pauvre homme! c'est du délire! de la rage! Je ne le croyais pas aussi malade.
roi LA MANIE DES PLACES.
M. DE NOIRMONT, s'asseyant auprès de la table , n ilroile.
Je suis donc depuis un instant secrétaire général. Secrétaire général! c'est bien peu...
GF.OIir.ES, à part.
C'est vrai , lui qui tout à l'heure était ministre ; il parait qu'il recommence.
M. ItE NOIRMONT.
Mais on peut devenir conseiller d'état, directeur général ; ([ui sait même:' ministre; et pourquoi pas.'
CEOlîGES.
Ça dépend de lui, quand il voudra.
M. DEXOIRMO.NT.
Et puis ça ne m'empêche pas d'avoir un titre ; un titre, c'est utile, c'est même économique ; ça tient lieu de tant de choses , et puis cela fait bien , surtout quand on ouvre les deux battants , et qu'on vous annonce. M. le baron... M. le vicomte... M. le duc... M. le duc! il y a pourtant des gens qui s'entendent appeler ainsi, des gens qui, devant leur nom, peuvent mettre ces trois lettres, nie, le duc ; sont-ils heureux ! Je payerais un pareil mot de toute ma fortune et du repos de ma vie entière.
GEORGES, à paît.
Si celui-là n'est pas fou ! il me faisait peur tout à l'heure, il me fait pitié maintenant ; M. Frédéric a raison, il est trop malheureux pour ne pas tâcher de le guérir.
JOSEPH, culrant.
(Bas, à Georges.) Monsieur, la voiture est en bas, elle est prête.
<;EOr.GES, regardant M. de ^"oirrnont.
C'est bien. II se calme, il s'apaise, et le plus fort de l'accès est passé ; profitons-en pour tâcher de l'emmener. (Saluant.) Monsieur...
M. DE >0IRM0NT.
Qu'est-ce que c'est .'
GEORGES
Je voulais parlera M. le secrétaire général.
M.DE>0mM0NT.
C'est moi, que voulez-vous.' qui vous envoie? de quelle part.'
GEORGES
De la part... de la part de son excellence.
M. DE NOlRMOiVT , se levant.
Son excellence, c'est différent : qui étes-vous.'
GEORGES
Je suis son secrétaire.
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M. DE NOinMONT, viveimiit.
Son secrétaire ! c'est moi.
GEORGES
Oui, secrétaire général ; maisje suis, moi, du cabiuot iiarticulicr.
M. DE NOIRMONT, avec envie.
Secrétaire intime! une i)elle place que vous avez là, une place influenle ; et je ne sais pas si je n'aimerais pas mieux...
(;r.ouGES, à part.
C'est ça, il va me la prendre ; il les lui faut toutes.
M. DE >omiKovr.
Et que me veut son excellence ?
GEORGES
lille vous attend.
M. DE NOIIlMOM'.
Pour aller au ministère.^
GEORGES
Précisément : la voilure est en bas, et vous n'avez qu'à y mouler.
M. DE NOIRMONT
.le luets un cachet à cette lellre , et je suis à vous (H va a la labir .)
GEORGES, bas, à .Iosc|ill.
Il y a des cadenas aux portières.^
JOSEPH , tle mémo.
Comme vous l'aviez dit.
(;eorges.
Alors, l'uuette , cocher ; et conduis-le à la maison de sanle dont voici l'adresse. Dix écus pour toi.
JOSEI'II.
Vous pouvez être tranquille.
M. DE NOUiMOM'.
Monsieur ne vient pas avec nous?
GEORGES, à part.
Pour aller à Charenton : merci. ( Haut. ) Je ne prendrai point cette liberté. Vous avez sans doute à causer de graves intérêts, et je n'ai pas une tête comme la votre, (à part) grâce au ciel.