I.A DICHESSE, se levant
Mon flls !
l.E MARQllS, se levaul.
Chevalier !
LE CHEVALlEn.
Et lorsqu'une fois les liens du sang sont rompus, qui sait jusqu'où peut aller le ressentiment de celui qu'on repousse, qu'on humilie ? La patience manque souvent aux opprimés. Les divisions domestiques sont affreuses. Deux frères réduits à se haïr...
LE MAnouiS , allant au chevalier.
Se haïr!
( Les laquais retirent les sièges. ) LE CHEVALlEi; , prenant la main du marquis.
Ah ! je ne demande pas mieux que de t'aimer.
LA nUCIlESSE.
Voilà le fruit de vos lectures philosophiques. C'est là l'éternel langage des savants , des auteurs au milieu desquels vous passez votre vie.
LE CHEVALIER
Pourriez-vous m'en blâmer , madame? mon père les protège.
LA DLCHESSE, passant auprès du chevalier.
Il les protège , mais il ne les fréquente pas. Un gentilhomme doit tenir son rang. Mais d'après tout ce que je vois, je ne serais point étonnée d'apprendre un jour ( regardant le chevalier ) que monsieur se mèlàt d'écrire.
LE VICOMTE
Ah , madame I le chevalier a trop de naissance pour cela.
LE CHEVALIER
Que dites-vous donc , vicomte? La littérature compte des noms illustres parmi nous : Buffon , Lauraguais , Choiseul , Boufflers , Florian, écrivent; et voilà bientôt soixante ans que le duc de Richelieu est de l'Académie française.
LE VICOMTE
C'cbt une folie Je jeunesse. Au reste, il sait parfaitement ce qu'il se doit à lui-même; car j'ai reçu avant-hier un billet du vieux maréchal , qui ne ressemble en rien à ceux de ses confrères de l'Académie. Nous avons aussi notre orthographe, nous autres.
Croyez , madame , que mes liaisons ne me feront point oublier ce que je dois h mon nom , et que mes lectures n'altéreront jamais mon respect pour ma mère. Je puis vous le prouver à l'instant même : daignez m'accorder un moment d'entretien ; j'essayerai de dissiper vos préventions , et , après m' avoir entendu , vous déciderez vous-même de mon sort.
( Le marquis et le vicomte sortent. Goberville sort après eux. )