I.E VICOMTE
Mieux que cela ; à l'aide d'un ordre surpris et de quelques agents subalternes , ce soir nous enlevons le mari.
LE CHEVALIER
Et vous ne craignez pas...
LE VICOMTE
Qu'il se révolte, qu'il crie à l'injustice ! Il se passera deux ou trois mois avant que sa plainte ne parvienne au chancelier, qui ne plaisante pas, lui. Nous avons là quelques mauvais sujets de commis qui nous sont dévoués... Trois mois , ce sera tout juste le temps nécessaire pour que le marquis ne pense plus à la belle ; alors rien ne s'opposera plus à la liberté du mari.
LE CHEVALIER
Vicomte, n'espérez pas que je vous laisse commettre une action aussi infâme. C'est donc pour cela que vous la priviez de son frère, que vous lui otiez son défenseur?
LE VICOMTE
Que voulez-vous dire ?
Que si quelqu'un s'avise de causer la moindre peine à Julie, c'est à moi , à moi seul qu'il aura affaire.
LE VICOMTE
Comment! vous saviez...
LE CHEVALIER
Je prends Gérard sous ma protection.
LE VICOMTE , à dcini-voix.
Bon, j'entends, c'est une autre manière; mais, chevalier, je crains bien que vous n'arriviez trop tard. D'ailleurs, votre frère est l'ainé; et au moment où je vous parle, nos gens sont chez lui à l'attendre.
LE CHEVALIER
Malheureux ! quelle horreur ! vous m'en rendrez raison !
LE VICOMTE
Mais écoutez donc.
LE CHEVALIER
Je n'écoute rien.
( Oq entend ici le hruil de l'orctieslre. )
LE VICOMIE.
Le bal commence; entendez-vous cet air nouveau .' laCamargo.
LE CHEVALIER
Eh ! que m'importe!
Il m'importe à moi; les convenances avant tout.
LE CHEVALIER , voulant l'arrêter.
Un mot.
LE VICOMTE
Impossible. Votre mère ne doit rien soupçonner de ce qui se passe ; mais après le bal , je suis à vous... ( il entre daus la salle du
bal.)