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SCÈNE IV

CARACALLA , GÉRARD , JULIli.

GÉRARD , posant son fusil.

Encore une faction dans le sac à poudre. M'en voilà délivré , et grâce au ciel nous n'avons trouvé personne. Ma femme, un peignoir blanc ; c'est le citoyen Caracalla qui vient se faire donner un coup de peigne.

CARACALLA

J'étais là z-à regarder ces deux factionnaires qui sont au coin de la rue, et quasiment devant ta porte. Ils ne laissent passer personne ; mais moi c'est différent, ils m'ont porté les armes , parce qu'un municipal ça passe partout, ça va t-à tout. (Il donne son gilet

à .lulie. Julie prend le gilet et le place sur une table.) Merci, citoyenne.

(.fulie lui présente un peignoir.) Disdonc, Gérard, es-tu Z-à l'ordrc du jour ? sais-tu le nouveau décret ?

GÉRARD

Lequel ?

Il est z-enjoint aux citoyens de se tutoyer, sous peine d'être suspects, comme adulateurs. Quelle belle idée ! comme c'est patriotique !

JULIE , lui passant le peignoir.

Comment! les hommes tutoieront les femmes.' les enfants tutoieront les vieillards ?

C\KAC\LL\.

Les prérogalives do la nature.

JLLIE.

Et que deviendra le respect, la politesse.*

CAItACALLA.

Supprimés par décret du 10 brumaire.

ULIE.

Mais comment feront, par exemple, vos domestiques?

CARACALLA

D'abord, citoyenne, la nation ne reconnaît pas de domestiques. Attache-moi cela. (Montrant ks cordons du peignoir. ) Elle ne reconnaît que des égaux et des perturbateurs. ( Pendant ce temps, Gérard

va et vient d'un côté et d'autre dans 11 boutique, et prépare tout ce qui lui est nécessaire pour accommoder Caracalla.)Si tU étais t-à la tète dcs cllO-

ses, tu saurais que les domestiques ne peuvent pas exister sans qu'il y ait de ces êtres dégradés par la fortune qu'on appelait z'autref ois des ci-devant maîtres; et la nation n'en reconnaîtra jamais... C'est invincible.

GÉRARD, a Caracalla, le faisant asseoir.

Mets-toi là.

Elle aurait pourtant bien besoin d'un maître, la nation ; et vous autres aussi.

( Elle passe à droite et s'assied sur le bras d'un fauteuil, regardant toujours

Caracalla. )

GÉRARD

Y peuses-lu? au lieu d'un nous en avons vingt-cinq ou trente mille, qui ne nous coiitont rien de façon.

CARACALLA , assis.

C'est juste.

(.ÉKARD, peignant Caiacalij.

Quel beau gouvernement que celui où l'on a toujours des fonctionnaires sous la main , des municipaux qu'on va prendre au pétrin du boulanger ou dans l'éclioppedu savetier!

CARACALLA

Certainement. ( il se lève, et d'un ton dédamatenr. ) Quand le peuple romain avait besoin d'un général, il allait dans les champs , et il prenait z-un cultivateur! A propos de cilojen romain, encore un sacrifice à la patrie, i Montrant sa queue.) Coupe-moi ça.

GÉRARD

Comment! tu veux...

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