‹ Œuvres choisiesChapitre 188 sur 446 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

n'entend pas le français ; un ostrogoth de Hollandais qui vient changer ses fromages contre des assignats.

COBER VILLE.

L'imbécile ! On dit que les Sargy ont caché de l'argent là-dedans avant de partir; et, comme membre du comité des recherches, je viens, au nom de la nation, te requérir de m'aider dans l'exercice de mes fonctions, comme connaissant les élrcs de la maison.

r.VlWRD.

Pas beaucoup; mais ma femme , qui y a été élevée, viendra avec nous , et nous aidera à découvrir le trésor. ( Au marquis. ) Mais tiens-toi donc, citoyen, (repassant le rasoir) et n'aie pas peur. (A. Sénéqiic. ) Bien entendu que nous partagerons également en frères.

C0BERVn.LE.

C'est juste, fraternité.

GÉRARD

Et égalité. Et n'y a-t-il pas des risques dans celte affaire-là.' Si les Surgy revenaient.

GOBERVILLE.

Impossible, la loi est formelle; peine de mort. Dans quelques jours il n'y aura plus de Surgy en France.

JULIE , se levant et s'approcliant de Goberville. Et le général , qui est un bon citoyen !

GOBERVILLE.

Le général ! le général ! Ce n'est pas si diflicile d'être général dans ce temps-ci. 11 y en a des milliers dans les armées. Et , parce que celui-ci a gagné des batailles, qu'il a rossé les Autrichiens , tu crois qu'il servait la patrie.' c'était un agent de Pitf et de CoboiuY/. Il soudoyait les émigrés, les ennemis de la nation. N'avait-il pas l'infamie d'envoyer de l'argent à sa famille ?

GÉRARD

Je m'en doutais depuis longtemps ; il a toujours été un enragé de modéré.

JLLIE.

Vous lui reprocheriez de secourir son père?

GOBERVILLE.

Est-ce que Brutus avait un père.' c'est tout au plus s'il avait des lils; et encore avec lui ça ne durait pas longtemps. Au surplus, nous l'avons mandé à la barre, il n'a pas comparu ; hors la loi , et

me voila tranquille. (.Iiilie se laisse tomber sur le fauteuil presque évanouie.) Eh bien ! qu'a donc la femme? Je crois qu'elle se trouve mal.

214 AVANT, PENDANT liT APRÈS.

OKR.\RD, courani à elle.

Julie! il serait possible ! Non, elle revient. Je t'avais bien dit qu'elle était malade et souffrante.

COBERVILLE.

Allons, allons, je te laisse achever ton ouvrage. A ce soir, à

neuf heures et demie. (Il va jusqu'à la porte, le marquis se lève; mais entendant Goberville, qui revient, il se rassieJ.) Mais à cette heure-là ta boutique sera fermée?

GÉRARD

Tu entreras par la place de l'Kgalité.

GOBERVILLE.

Et si tu n'es pas encore rentré ; si la citoyenne est malade ?

GÉRARD, à part.

Il ne partira pas !

GOBERVILLE.

Je ne me soucie pas d'attendre dans la rue. Donne-moi la clef.

GÉRARD

Ma clef?

i;OBERVILLr..

Est-ce que ça t'effraye? est-ce qu'on ne peut pas entrer à toute heure dans le domicile d'un bon patriote ?

Et que veux-tu qu'on me prenne? Femme , donne la clef.

(Julie donne la clef à Goberville.)

GOBERVILLE.

A la bonne heure. Je savais bien que le citoyen .Solon Gérard était la crème de la section , et je plaindrais un ci-devant qui tora- ])erait eiître ses mains.

( Le marquis fait un mouvement.)

GERARD

Tiens-toi donc, citoyen , tu vas te faire couper.

GOBERVILLE.

Allons,;! ce soir.

(Ilsort.)

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