ACTE I, SCÈNE I
LA MARQUISE
Je vous avouerai que dans ce moment j'ai quelque espoir.
RODOLPHE
Il serait vrai ! .. . Dites-moi vite.
LA MARQIISE.
Mais il est trop tard... Retournez au palais.
RODOLPUE.
On ne m'y attend pas... Il y ace matin une partie de chasse dans ces environs , je dois y rejoindre le grand-duc; ainsi j'ai encore quelques instants... C'est bien le moins que nous parlions un peu de nos affaires , je ne viens que pour cela.
LA MARQUISE
Et c'est au moment de partir ((ue vous y pensez?
RODOLPHE
A qui la faute ? Parlez vite.
LA MARQIISE.
Vous vous rappelez qu'il y a quelques années , quand vous vîntes en France avec votre gouverneur...
RODOLPHE
Oui , pour y faire mes études.
LA MARQIISE.
Et que vous m'y faisiez la cour, j'étais dame d'honneur delà plus aimable et de la meilleure des princesses. Je ne vous ferai pas son éloge , il nous mènerait trop loin... D'ailleurs, je ne vous apprendrais rien , vous la connaissez... Eh bien, monsieur, c'est à elle seule que j'avais appris notre mariage. Depuis , et quoique éloignée d'elle , j'ai continué à lui conlier mes inquiétudes , mes craintes pour l'avenir. Jugez si j'avais raison de compter sur son amitié : dans ce moment elle agit en notre faveur.
RODOLPHE
Il se pourrait !
LA MARQUISE
Elle m'écrivait, dans sa dernière lettre , que d'ici à peu de jours arrivera de la cour de France quelqu'un en qui nous pou • vons avoir confiance , quelqu'un de fort habile , qui , sans aucune mission apparente , sera chargé en secret de pressentir le grandduc sur notre mariage, et de l'amener , par tous les moyens possibles , à y donner son consentement.
RODOLPHE
Ah! c'est mon seul espoir... Et jamais protection ne sera arri-
vce plus à propos... Si vous saviez daus quel embarras je me trouve !
LV MARQUISE
Qu'est-ce donc?... Achevez, je vous en conjure... Mon cu'ur ne connaît ni la détiance ni la jalousie... mais quel est ce portrait qu'hier vous avez caché à mon arrivée ?
RODOI.I'IIE.
Quoi ! vous auriez vu ?
LV MARQUISE
Oui , et je n'osais vous en parler.
RODOLPHE
Ni moi non plus ; car ce portrait , ce ne serait rien encore... Mais si vous saviez... Apprenez qu'il y en a deux.
LA M.VRQI ISE.
Que dites-vous.'
RODOLPHE
Silence ,on vient...
LA MARQUISE
Ne craignez rien; c'est un de nos gens , c'est Herman , qui nous est dévoué.