SCENE XII
EDMOND, après avoir reconduit madame Deuneville, reprend sur un laïUeuil son chapeau et ses gants , qu'il met, et va pour sortir.
.\dieu , mon ami.
DENNEVILLE, sc retournant et l'apercevant près delà porte.
Eh bien ! tu t'en vas !
EDMOND
Oui. Tu sais que je (Une en ville , et je n'ai que le temps de passer chez moi.
DENNEVlLLi:.
Ah! tu passes ciiez toi? Eh bien! envoie-moi do l'argent, les cinq mille francs de mon cheval.
EDMOND , revenant.
Qu'est-ce (jue tu dis donc? cinq mille francs! Tu me l'as vendu quatre.
DENNEVILLE , tranquillement.
Je te l'ai vendu cinq.
EDMOND
Tu es dans l'erreur !
DENTiEVlLLE.
Je t'assure que non !
EDMOND
Tu m'as écrit ce matin , et de ta main , quatre mille francs en toutes lettres; et je puis te prouver... (Il va pour fouiller dans sa
poche, et s'arrête. )
DENNEViLLE , souriaut.
En tout cas, voyons, relisons.
EDMOND, troublé.
Non, non, c'est inutile; puisque tu tiens aux cinq mille
francs...
DENNEVILLE.
Du tout ; si je l'ai écrit , c'est autre chose , et je ne reviens pas sur ma parole; ce qui est écrit est écrit. Voyons mon billet. EDMOND , embarrassé.
Ton billet?
DENNETILLE.
Tu l'as mis ce matin là , dans ton gilet ; et comme tu n'en as'pas changé...
EDMOND
Tu crois? C'est possible, je ne sais.
DENNEVILLE , à part.
Il ne l'a plus, il est entre les mains de Caroline.
EDMOND
Mais, du reste, à quoi bonP .Fe le répète que je m'en rapporte à toi ; et dès que tu dis cinq mille francs , ra suffit , et je vais le les
envoyer, (il va vers la porte. )
Non , apporte-les toi-même ici , ce soir, en venant prendre ma femme, parce que j'ai à te parler.
EDMOND, revenant.
Et sur quoi ?
DENNEVILLE.
Tu le sauras ; toi qui es l'ami de la maison , il faut bien que tu saches tout.
EDMOND
Ah , mon Dieu ! de quel air me dis-tu cela.^* et qu'as-tu donc .^
DENNEVILLE.
Moi ! rien. A ce soir, mon bon ami.
EDMOND
A ce soir !
(il sort.)